Média
23 octobre 2013

Borås, ville pionnière, vise le « zéro énergie fossile »

Responsable de seulement 0,2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, la Suède est parvenue à diminuer ses rejets de CO2 de 9 % en vingt ans. Une contribution insignifiante ? Ce champion du monde du recyclage et du recours aux énergies propres exporte désormais ses modèles énergétiques durables sur plusieurs continents. Focus sur une ville emblématique de cette dynamique vertueuse : Borås.

Par Patricia Coignard

Catarina a 43 ans. Elle a quitté en famille son Strömstad natal (région à la frontière avec la Norvège) à l'âge de 7 ans pour s'installer à Borås. Un endroit qu'elle n'a plus quitté et où elle exerce le métier d'infirmière.

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« J'aime vivre à Borås, déclare-t-elle avec enthousiasme. Mes enfants sont nés ici et ont appris tout naturellement à trier les déchets, un geste "non négociable" par ici ! À tel point que l'école qu'ils fréquentaient battait pavillon vert, un symbole fort du poids donné au développement durable. »

Et s'il vient l'envie de la titiller sur le caractère compliqué du tri à Borås, Catarina ne se démonte pas.

« Bien sûr que cela demande un peu de concentration, mais ce n'est pas un problème ! Rien de plus simple que de trier d'un côté les déchets alimentaires dans les sacs noirs, de l'autre les déchets combustibles dans les sacs blancs. Et pour le verre, les journaux... d'autres types de sacs sont fournis. »

Un confort de tri renforcé par une optimisation des horaires d'ouverture des stations et centres de recyclage. À l'évidence, Catarina est la parfaite représente de la population de Borås, en adhésion totale avec la politique environnementale mise en place :

« Je suis fière que quelques enthousiastes aient pu, dans les années 1960, jeter les bases d'une ville durable ! »

Changement de paradigme

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©Borås Energi och Miljo

1959. Alors que la société de consommation, totem des Trente Glorieuses en Europe, connaît son apogée et que le pétrole coule à flot, la ville de Borås, à 60 km de Göteborg, en Suède, décide de se libérer progressivement des énergies fossiles. Pour concrétiser cette prise de conscience environnementale, la ville se dote d'une entreprise municipale, Borås Energi och Miljo AB (BEM). Son rôle est double : porter ce rêve pionnier et assurer la gestion des services publics dans le domaine de l'énergie, des déchets et des eaux usées.

En 1980, un partenariat « collaboratif » en faveur d'un avenir plus durable est créé afin de fédérer les idées et les moyens des élus locaux, de l'université et des entreprises. Un choix dont la mairie se félicite encore aujourd'hui :

« À l'instar d'autres régions suédoises, nous partagions la conviction que pour nous affranchir des sources d'énergies non renouvelables, il fallait développer le recyclage des déchets produits en masse par nos nouveaux modes de vie. Et ce, au niveau des particuliers comme des entreprises. À rebours du modèle consumériste de l'époque, nous avons donc considéré les déchets non pas comme des rebus inutilisables mais, au contraire, comme une ressource qui s'inscrit dans un cycle vertueux et durable. »
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C'est certainement dans cette démarche que réside l'une des clés de la réussite des dispositifs énergétiques développés ensuite à Borås. L'objectif ultime étant de devenir une ville énergétiquement neutre d'ici à 2025. Grâce à ce virage énergétique, et sur une période de cinquante ans, Borås aura divisé par sept ses émissions de CO2.

Réussite du plan d'énergies alternatives

Retour à la fin des années 1950. Pour concrétiser la « société durable », comme l'appellera bien des années plus tard la future Union européenne, Borås s'équipe d'un réseau de chauffage urbain. Il sera par la suite alimenté par la centrale de Ryaverket, construite en 1965.

« Au départ, elle fonctionnait au pétrole avant d'être convertie, en 1984, à la biomasse et au charbon. En 1995, la mise en route de la plus grande sécheuse à vapeur du monde nous a permis de supprimer le charbon Aujourd'hui, seule la biomasse sèche est utilisée. En 2005, nous avons construit deux chaudières de 20 MW pour accueillir les déchets. C'est à cette date que débute la collaboration avec Dalkia et la mise en oeuvre d'un plan d'énergies alternatives »
Gunnar Peters, Directeur général de BEM
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Le « thermos », un réservoir de 37.000.m3 installé à la sortie de la centrale thermique, est la plus importante unité de stockage d'eau chaude réalisée en Europe. ©Borås Energi och Miljo

Ainsi, pour éco-gérer les variations de production de chauffage urbain, et faire face aux pics de consommation pendant les hivers rigoureux, Dalkia utilise le combustible solide en base l'été, et le complète en automne et en hiver par la biomasse, les pics de froid hivernaux étant assurés par les énergies fossiles.

Pour lisser les fluctuations de consommation et répondre au défi du « zéro énergie fossile », « nous avons construit en 2010 sur le site de Ryaverket un réservoir de stockage d'énergie, sous forme d'eau chaude, de 37 000 m3 et de 80 mètres de haut », explique encore Gunnar Peters. Cet édifice, judicieusement baptisé par les habitants le « thermos », est devenu un emblème dont la ville s'enorgueillit. « Illuminé de guirlandes pendant l'hiver, c'est l'un de nos joyaux », reconnaît-on avec fierté à la mairie.

Autre sujet de satisfaction des élus, et composante prépondérante du modèle développé à Borås : la mobilisation des habitants dans le tri de leurs déchets, obtenue grâce à une politique de sensibilisation valorisante et citoyenne.

« Nous avons toujours été attentifs, souligne Gunnar Peters, à ce que le coût de cette politique "zéro énergie fossile" ne soit pas supporté par la population. Nous nous débrouillons avec les subventions de l'État et avons pu mettre en place un projet commercial performant. En résumé, le chauffage urbain à Borås s'autofinance ! »

Aujourd'hui, sur les quelque 200 000 tonnes de déchets annuels collectés, seuls 4 % finissent dans les décharges. 30 000 tonnes de déchets biologiques sont transformées en biogaz pour alimenter la flotte de bus municipaux (depuis 2002), les camions-bennes (depuis 2003) et les taxis (depuis 2004).

« Absolument tout ce qui est recyclable est recyclé ! », conclut Gunnar Peters.

Entre solutions énergétiques durables et croissance, Borås est convaincue de gagner son pari du « zéro énergie fossile ».
 

Planet #3