Média
20 avril 2010

Cancers et environnement, quel est le risque attribuable?

Les estimations de la proportion des cancers attribuables à l'environnement dont entend parler le public varient considérablement ; des divergences liées à la défi nition de l'environnement et à des questions méthodologiques

Selon trois agences américaines d'État, au moins deux tiers des cancers seraient liés à l'environnement ; la commission d'orientation du plan national Cancer et Environnement (PNSE) avait donné une fourchette de 7 à 20 % des décès par cancers imputables à des facteurs environnementaux. L'Académie nationale de médecine, l'Académie des sciences, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer estiment que la proportion de cancers liés à la pollution de l'eau, de l'air et de l'alimentation est de l'ordre de 0,5 %. La plus grande partie de ces écarts s'explique par des conceptions différentes de l'environnement. Ainsi, les agences américaines incluent tous les facteurs exogènes physiques, chimiques ou biologiques, y compris ceux qui sont liés à des comportements individuels (consommation de tabac ou d'alcool, régime alimentaire, maladies sexuellement transmissibles). La commission d'orientation du PNSE exclut les facteurs liés à des comportements individuels, mais inclut les expositions professionnelles ou naturelles (radiations ionisantes, ultraviolets) qui sont à l'inverse écartées de la défi nition utilisée dans le rapport des académies (qui parle non pas d'environnement, mais de pollution). Une autre source de divergence réside dans l'interprétation de trois éléments nécessaires à ces calculs : le lien de causalité, la fonction exposition-risque et la prévalence de l'exposition. Des notions qui méritent d'être précisées : la causalité dans le domaine du cancer est documentée dans des bases de données qui classent les agents ou les circonstances d'expositions en carcinogènes certains, probables et possibles ; la fonction exposition-risque exprime la probabilité de développer une maladie pour une personne exposée à un agent ; la prévalence de l'exposition est la proportion de la population exposée à tel agent à tel niveau pendant un temps donné.

Des interprétations variables

Le rapport des académies a retenu les interprétations les plus restrictives en ne calculant des fractions attribuables que pour les cancérigènes déjà classés certains (par exemple, la pollution atmosphérique n'a pas été retenue), pour lesquels la fonction exposition-risque était établie et la prévalence d'exposition pouvait être estimée (et en cas de débat en retenant toujours les estimations les plus faibles). Tous ces choix peuvent se discuter sur le plan scientifi que. Néanmoins, ils aboutissent à ne pas pouvoir calculer de risque attribuable pour de nombreux agents cancérigènes et ainsi à ne pouvoir expliquer que 35 % des cancers par les causes retenues dans le rapport (42 % chez l'homme et 24 % chez la femme). Le calcul de la proportion des cancers attribuables à l'ensemble des facteurs environnementaux est un objectif inatteignable en l'état actuel des connaissances. Il faut donc développer la recherche et la surveillance, notamment celle des niveaux d'exposition. Cela ne doit pas retarder, même dans un contexte de relative incertitude, l'adoption de mesures préventives vis-à-vis, notamment, de la pollution atmosphérique d'origine automobile, de la pollution des sols d'origine industrielle, de la pollution de l'air des maisons par les pesticides d'usage domestique, le tabagisme passif, le radon, ou les combustibles.

DR GEORGES SALINES,
INSTITUT DE VEILLE SANITAIRE