Média
20 avril 2010

Champs électromagnétiques, quel impact sur la santé ? Quelles sont les sources d'exposition ?

Champs électromagnétiques, quel impact sur la santé ?

Depuis le développement des micro-ondes en 1950, les technologies n'ont cessé de progresser, notamment avec l'expansion des télécommunications, des fours à micro-ondes et de la télévision.

De ce fait a lieu une augmentation de l'exposition aux champs électromagnétiques (CEM) suscitant des questionnements quant à leur action éventuelle sur la santé humaine, aux normes à respecter et, surtout, aux mesures de précaution envisageables en l'absence de dangers identifiés.
Une personne exposée à un CEM est soumise à l'action d'un champ induit qui se propage à l'intérieur du corps, résultant en une absorption d'énergie. Cette absorption diffère selon les parties du corps, la fréquence du rayonnement et la distance par rapport à la source. C'est le critère à considérer pour l'évaluation du risque. Cependant, il reste diffi cile d'évaluer la puissance absorbée et de la mettre en lien direct avec des effets biologiques. Plusieurs études ont permis de mesurer les effets d'une exposition transitoire à différents types de CEM sur un certain nombre de paramètres, tels que la formule sanguine, l'électrocardiogramme, le rythme cardiaque, la tension artérielle et la température corporelle. D'après ces études, l'exposition transitoire à des flux magnétiques statiques (jusqu'à 2 T), à des champs d'extrêmement basses fréquences (jusqu'à 5 mT) ou à des champs radiofréquences et hyperfréquences (jusqu'à 4 W/kg) n'induit pas d'effet nocif. Cependant, ces expositions peuvent être à l'origine d'effets biologiques compensés par les processus physiologiques, par exemple une élévation de température compensée par le système de thermorégulation corporelle.

Les dangers discutés

Si, pour une durée d'exposition limitée, aucun effet n'est à craindre en dessous des niveaux indiqués ci-dessus, il reste une incertitude quant aux expositions de très longue durée, diffi ciles à tester par l'expérimentation animale et pour lesquelles on a encore peu de recul. Le risque le plus étudié concerne l'effet carcinogène pour l'homme et, plus précisément, l'incidence des leucémies chez l'enfant. Une augmentation d'incidence des leucémies de l'enfant a été observée dans plusieurs études épidémiologiques, qui a fait classer les champs électromagnétiques d'extrêmement basses fréquences (dits ELF) en cancérogènes possibles (2a) par le Centre International de recherche contre le Cancer - (CIRC). Cependant, un grand nombre d'études expérimentales n'ont pas démontré de lien de causalité entre l'exposition aux CEM d'extrêmement basses fréquences et les cancers chez l'enfant ou chez l'adulte. Bien que les résultats de l'expérimentation animale doivent être interprétés avec précaution, plusieurs études chez l'animal ont montré qu'une exposition chronique aux téléphones portables, aux micro-ondes et aux champs radiofréquences n'induisait pas de tumeurs. Leurs résultats sont consistants et indiquent que les effets carcinogènes sur le rongeur n'apparaissent pas à des niveaux de DAS inférieurs à 4 W/kg. Finalement, même si nous avons peu de recul quant aux expositions à très long terme, il est important de noter que, suite à des expositions répétées, il n'a pas été observé d'effet cumulatif qui suggère un risque sanitaire. D'autre part, la téléphonie mobile actuelle est de moindre puissance par rapport aux systèmes de première génération. L'évolution des nouvelles technologies s'oriente également vers la limitation des émissions. Ces éléments permettent d'anticiper une modération d'un risque éventuel.

Les éventuelles précautions à prendre

Il faut bien entendu respecter les normes, valeurs limites d'exposition et valeurs déclenchant l'action, pour toute exposition. En milieu professionnel, l'employeur doit évaluer les expositions potentielles et, si nécessaire, mesurer et calculer les niveaux de CEM auxquels les travailleurs sont exposés. Les catégories de personnes potentiellement plus sensibles doivent être suivies avec plus de vigilance (femmes enceintes, porteurs d'implants biomédicaux actifs ou passifs). De la même façon, quelques études décrivent une hypersensibilité aux CEM, incluant des symptômes de type maux de tête, nausées et anxiété. Même si plusieurs études montrent que ces symptômes ne peuvent pas être directement reliées à l'exposition aux CEM, il semble important de les prendre en considération pour les soulager et éventuellement de limiter l'exposition de ces personnes aux CEM.

ANNE-SOPHIE VILLÉGIER ET DR RENÉ DE SEZE,
INERIS

  • Annette Duchêne et Jacques Joussot-Dubien, « Les effets biologiques des rayonnements non ionisants » Flammarion Médecine-Sciences, Paris 2001.

Champs électromagnétiques, quelles sontles sources d'exposition?

Après avoir examiné quel était l'impact sanitaire des champs électromagnétiques (CEM), cet article passe en revue à quelles sources de CEM est exposée la population française.

Les champs électromagnétiques sont omniprésents dans notre environnement. Certains sont d'origine naturelle comme dans les champs atmosphériques et terrestres, mais, depuis le développement des micro-ondes dans les années 1950 et la progression des nouvelles technologies, les CEM proviennent principalement des activités humaines. Nous sommes tous soumis en permanence à des CEM statiques d'origine naturelle, de l'ordre de quelques dizaines de microteslas ( T) pour le champ magnétique et d'une centaine de volts par mètre (V/m) par beau temps pour le champ électrique. Au sein des foyers, les personnes sont exposées aux CEM émis par les appareils de technologie actuelle utilisant l'électricité. Il s'agit des écrans de télévision, des lampes et appareils électroménagers, qui émettent des CEM d'extrêmement basses fréquences, principalement à 50 Hz (champs de quelques nT à quelques T et de quelques V/m à quelques centaines de V/m).
Les CEM dans la gamme des radiofréquences sont également utilisés pour leurs propriétés thermiques. Les fours à induction, le chauffage thermique diélectrique et à induction, fonctionnent à des fréquences de 1 kHz à 3 MHz, les fours à micro-ondes à plus haute fréquence (2,45 GHz - émissions à des puissances de 150 à 1 000 watts [W]).

Les technologies de communication

L'un des développements majeurs de la technologie est l'utilisation des CEM dans le transfert d'informations. C'est le cas de la téléphonie mobile, du Wi-Fi et du Bluetooth. Dans la téléphonie mobile, les champs utilisés sont le GSM 900 et 1 800 MHz (puissances d'émission limitées entre 10 MW et 250 MW en fonction de la distance par rapport à l'antenne et champs de 5 à 30 V/m selon la qualité de la communication). Le Wi-Fi présente une puissance d'émission de l'ordre de 100 mW à une fréquence de 2,45 GHz. Dans le cas de ces appareils, les utilisateurs sont en mesure de contrôler leur exposition, qui est en lien direct avec leur consommation. L'usage de ces équipements se faisant à proximité du corps humain, il en résulte une absorption de puissance relativement élevée dans l'organisme (débit d'absorption spécifi que (DAS) = 0,5- 1 W/kg). Un autre type d'exposition provient des antennes relais de téléphonie mobile, des antennes de radiodiffusion et de télévision. Ces sources émettent à des fréquences entre 10 kHz et 3 GHz. L'émission de ces sources est le plus souvent ininterrompue et indépendante du choix de vie des personnes. Principalement pour ces raisons, mais aussi un peu parce que la puissance d'émission d'une station de base dépasse celle d'un mobile, ce type d'exposition suscite le plus d'inquiétudes. Cependant, il est important de considérer que, compte tenu de la distance entre l'utilisateur et ces équipements, la puissance absorbée par l'organisme est de l'ordre de 1 000 à 10 000 fois moindre que lors d'une conversation avec un téléphone portable.

L'imagerie médicale

L'exposition la plus fréquente dans la population générale est liée aux CEM utilisés lors d'examens d'imagerie médicale par résonance magnétique (IRM-champs statiques, densité du flux magnétique de l'ordre de 0,15 à 2 T et 7 T pour les plus récents en recherche médicale).

ANNE-SOPHIE VILLÉGIER ET DR RENÉ DE SEZE,
INERIS

  • Annette Duchêne et Jacques Joussot-Dubien, « Les effets biologiques des rayonnements non ionisants » Flammarion Médecine-Sciences, Paris 2001.