Média
20 avril 2010

Circuits d'eau et risque de légionellose, quelle prévention proposer ?

Legionella pneumophila est une bactérie ubiquitaire qui se développe dans des circuits d'eau (température entre 25 et 42 °C) et qui diffuse par les aérosols générés par ces installations. La transmission à l'homme se fait par inhalation de microgouttelettes. Il n'y a pas de transmission interhumaine. La détection de cas de légionellose doit faire l'objet d'un signalement à la DDASS. Des mesures préventives sont possibles.

En 2006, 1 443 cas de légionelloses ont été déclarés en France, le nombre de cas ayant tendance à décroître depuis. La légionellose est une infection grave, mortelle dans 10 % des cas. Elle se traduit par une pneumonie souvent bilatérale avec un syndrome alvéolaire ou alvéolo-interstitiel, associée à des manifestations extrapulmonaires. Le diagnostic repose sur la recherche d'antigènes solubles de Legionella dans les urines. Ce test ne détecte que le sérogroupe 1 (responsable de 95 % des cas). La recherche de Legionella par la mise en culture de prélèvements broncho-pulmonaires ou d'expectorations est recommandée devant toute positivité des antigènes urinaires. Elle est indispensable pour identifi er les cas groupés de légionellose. La sérologie ne permet qu'un diagnostic tardif. Seule la mise en évidence d'une multiplication du titre des anticorps par quatre permet de confirmer le diagnostic.
L'antibiothérapie repose sur les macrolides, les fluoroquinolones et la rifampicine pendant au minimum deux semaines. L'antibioprophylaxie n'est pas justifiée. En présence de cas groupés de légionellose nosocomiale, elle peut être proposée aux sujets les plus à risque (macrolide durant 10 jours).
Le médecin ou le biologiste qui diagnostique un cas de légionellose doit le signaler sans délai au médecin inspecteur de santé publique de la DDASS. Ce signalement est suivi d'une notifi cation sur une fiche spécifique. Il permet de réaliser une enquête afin d'identifier les sources d'exposition, de rechercher d'autres cas et de prendre les mesures de contrôle.

Les mesures préventives

La prévention repose sur la maîtrise du développement des légionelles dans les circuits d'eau des installations techniques générant des aérosols (moins de 1 000 unités formant des colonies de Legionella pneumophila par litre d'eau). Pour les réseaux de distribution d'eau chaude sanitaire alimentant des douches, il est nécessaire d'agir à trois niveaux :

  • éviter la stagnation et assurer une bonne circulation de l'eau ;
  • lutter contre l'entartrage et la corrosion par une conception et un entretien adaptés à la qualité de l'eau et aux caractéristiques de l'installation ;
  • maîtriser la température de l'eau, depuis la production et tout au long des circuits de distribution ; pour les ballons de production et/ou de stockage, la température doit être en permanence supérieure à 55 °C ou élevée quotidiennement au-delà de 60 °C ; l'eau doit ensuite être maintenue, en tout point du réseau de distribution et en retour de boucle, à une température supérieure à 50 °C, mais la température doit être inférieure à 50 °C aux points d'usage destinés à la toilette.

L'eau chaude doit donc être délivrée après avoir été mitigée au plus près du point d'usage. Pour les patients à haut risque (immunodéprimés sévères, en particulier après transplantation ou greffe d'organe, corticothérapie prolongée ou récente et à haute dose), les points d'usage d'eau doivent être sécurisés (microfiltres terminaux, dispositif de production autonome et instantanée d'eau chaude ou un traitement spécifique de l'eau). Un lavage au gant ou un bain peuvent être une alternative à la douche. Pour les équipements utilisant de l'eau froide et générant des aérosols (brumisateurs collectifs, humidificateurs, rafraîchisseurs d'ambiance, nettoyeurs à haute pression, installations décoratives, systèmes d'arrosage, etc.), l'eau doit être maintenue à une température inférieure à 20 °C. Pour d'autres équipements, dont la température de l'eau ne peut pas être inférieure à 30 °C (systèmes de refroidissement et tours aéroréfrigérantes humides, bains à remous ou à jets), un plan d'entretien préventif de nettoyage et de désinfection est obligatoire.

DR FABIEN SQUINAZI,
DIRECTEUR DU LABORATOIRE D'HYGIÈNE DE LA VILLE DE PARIS

  • htpp:// www.sante.gouv.fr Dossier sur la légionellose.
  • Arrêté du 30 novembre 2005. Circulaire GS/SD7A/DCS/DGUHC/ DGE/DPPR n° 2007-126 du 3 avril 2007.