Média
20 avril 2010

Environnement et mode de vie urbain, quelles sont les implications sur la santé ?

En 2007, pour la première fois de son histoire, plus de la moitié de l'humanité vit en milieu urbain. Du point de vue de la santé environnementale, faut-il s'en inquiéter ou s'en féliciter ?

L'image de la ville reste marquée par les conditions déplorables d'hygiène qu'ont connues les villes au XIXe siècle. La réalité d'aujourd'hui est plus contrastée.

Du positif et du négatif

Grâce au développement des connaissances scientifiques et techniques, la qualité de l'eau, de l'air et de l'habitat urbain s'est améliorée de façon importante, ce qui a eu un impact déterminant sur l'allongement de l'espérance de vie.
Vivre en ville est non seulement un avantage économique, culturel et scientifique, c'est aussi là que l'accès à des soins performants est le plus facile, ce qui se traduit, par exemple, par un meilleur taux de couverture vaccinale en milieu urbain qu'en milieu rural. Il est plus facile et moins coûteux de mener des programmes de prévention primaire en milieu urbain, en particulier pour la protection maternelle et infantile. L'idée que l'urbanisation est synonyme de gigantisme est fausse : la croissance urbaine est surtout liée au développement des villes de taille moyenne.
Qu'il s'agisse de maladies infectieuses ou chroniques, de nouveaux défi s sanitaires sont liés au milieu urbain. Les agents infectieux transmissibles de personne à personne trouvent évidemment un contexte favorable en ville. C'est à Hong Kong, à Pékin et à Toronto que le virus du SRAS a fait le plus de dégâts. L'épidémie de VIH-sida est aussi avant tout urbaine. Il en est de même pour la légionellose et la tuberculose multirésistante. Dans les grandes métropoles, des excès de risques modérés au plan individuel peuvent créer de véritables catastrophes en raison du nombre de personnes exposées : c'est à Paris, à Lyon et à Marseille que la canicule de 2003 a fait le plus de décès.
Le mode de vie urbain est associé à des comportements alimentaires et à une sédentarité qui se traduit par une fréquence élevée d'obésité, d'hypertension artérielle et de diabète. Les difficultés sociales urbaines sont associées à la toxicomanie et à la violence. Il faut aussi remarquer que la moindre défaillance dans la chaîne de traitement de l'eau ou des déchets en milieu urbain provoque un trouble important, comme l'a bien montré la crise des déchets à Naples.

Conséquences sur la pratique médicale

Exercer en milieu urbain justifie tout particulièrement de se tenir informé du contexte épidémiologique. C'est important en termes de surveillance et d'alerte, mais aussi d'orientation diagnostique. Les patients ne sont pas isolés, ils ont des liens sociaux qui influent sur leurs risques. La connaissance des facteurs de risque spécifiquement urbains est utile pour guider les investigations, comme l'a bien montré le saturnisme infantile lié aux écailles de vieilles peintures ou les épisodes de légionellose.
Les médecins devraient savoir comment interpréter les indicateurs de surveillance environnementale, comme les indices de qualité de l'air ou les indices polliniques, pour pouvoir, d'une part, répondre aux questions de leurs patients et, d'autre part, leur donner des conseils d'éducation pour la santé.
En fait, jamais la ville n'a été aussi sûre, mais jamais elle n'a été aussi risquée. Pour que la ville reste une aventure profitable, plusieurs conditions devront être réunies : mettre la santé au coeur des politiques urbaines, développer l'évaluation des risques et les études d'impact sanitaire, systématiser la surveillance épidémiologique, former des hygiénistes, développer de nouvelles technologies dans les secteurs de l'habitat, du transport et des déchets, enjeux très importants pour un développement durable, et former les médecins. Premier environnement de l'homme d'aujourd'hui, la ville est appelée à devenir le creuset de la promotion de la santé.

Pr WILLIAM DAB,
CHAIRE HYGIÈNE ET SÉCURITÉ, CNAM, PARIS

  • Leon DA. Cities, urbanization and health. Int J Epidem 2008,37: 4-8