Média
20 avril 2010

Expositions sonores ambiantes et au bruit, quels sont les effets et les répercussions sur la santé ?

Expositions sonores ambiantes, quels sont les effets sur la santé ?

Le bruit figure parmi les nuisances majeures ressenties par les Français dans leur vie quotidienne, mais il engendre peu de préoccupations sanitaires ; pourtant, les effets du bruit ambiant sur la santé sont nombreux.

Transports, industrie, travail, voisinage, les sources de bruits sont nombreuses et soumettent en permanence les populations, notamment celles des zones urbaines, à des expositions sonores ambiantes. Ainsi, une étude récente (1, 2) portant sur la perception des Français à l'égard de l'environnement et de ses effets sur la santé a montré que plus des deux tiers des habitants des agglomérations de plus de 100 000 habitants se déclarent gênés par le bruit à leur domicile. Parallèlement, et même si près de 70 % des Français perçoivent le risque sanitaire lié au bruit comme plutôt élevé, les préoccupations sanitaires déclarées pour d'autres nuisances, comme l'amiante ou la pollution de l'air, sont nettement plus importantes. Le bruit est avant tout perçu par les Français comme un problème local de qualité de vie avant d'être un objet de préoccupations sanitaires.

Des effets extra-auditifs

De nombreuses études ont cependant montré que les expositions ambiantes étaient associées à de nombreux effets extra-auditifs non spécifi ques (3, 4) (les niveaux ambiants étant généralement trop faibles (< 85 dB) pour affecter le système auditif). Les mécanismes d'action sont toutefois complexes D'une part, une stimulation acoustique constitue une agression de l'organisme et engendre une réponse non spécifi que, qui dépend des caractéristiques physiques du bruit (intensité, fréquence, durée). D'autre part, le bruit est une notion subjective et la réaction à une stimulation sonore est infl uencée par des représentations individuelles (utilité des sources, bruit choisi ou subi, contrôle des sources). Un des principaux effets extra-auditifs du bruit concerne les perturbations du sommeil, pour des niveaux de l'ordre de 50 dB (rue résidentielle). Ces perturbations engendrent une fatigue notable, et renforcent des effets directement attribuables au bruit comme la diminution de la vigilance, de l'effi cacité au travail ou de l'apprentissage durant l'enfance. Des effets sur le système nerveux autonome ont également été observés, les expositions au bruit générant un stress qui entraîne des réponses diverses de l'organisme, végétatives (notamment sur le système cardio-vasculaire) et endocriniennes (élévation des sécrétions de catécholamines, de cortisol). Le bruit est par ailleurs responsable de nombreux effets psychosociaux, avec en premier lieu une dégradation de la qualité de vie, mais aussi une modifi cation des attitudes et du comportement social (agressivité et troubles du comportement, diminution de la sensibilité et de l'intérêt à l'égard d'autrui).

Ce que vous pouvez faire

La perception relativement faible des risques sanitaires du bruit par les patients malgré ses nombreuses conséquences sanitaires invite le praticien à penser à cette nuisance lors d'une consultation. Cela devrait être envisagé en particulier pour : - des troubles spécifi ques (perturbation du sommeil, de la concentration ou de l'apprentissage) ; - des patients particulièrement sensibles aux effets du bruit (enfants, personnes soumises à d'autres sources de stress, ou celles présentant un état anxiodépressif). Si des expositions chroniques au bruit sont identifi ées dans l'environnement du patient, une prise en charge globale, incluant un volet environnemental, mérite d'être envisagée : information du patient sur les effets du bruit sur sa santé et les moyens de prévention (5).

EDOUARD CHATIGNOUX,
ORS ÎLE-DE-FRANCE

  • (1) Menard C. et coll. « Baromètre santé-environnement 2007 ». INPES, coll. Baromètre santé, 2008.
  • (2) Grange D. et coll. « Les perceptions du bruit en Île-de-France ». Observatoire régional de santé d'IÎe-de-France, rapport et synthèse, mars 2009. 
  • (3) Stansfeld SA, Matheson MP. « Noise pollution : non-auditory effects on health. Br Med Bull 2003,68:243-57.
  • (4) AFSSET. « Impact sanitaire du bruit. État des lieux. Indicateurs bruit-santé ». 2004, 304 p.
  • (5) ADEME. « Guide pratique : la lutte contre le bruit », http://www.ademe.fr/particuliers/Fiches/bruit.

Exposition au bruit, quelles répercussions sur la santé ?

Si les dangers du bruit sont bien établis pour les expositions professionnelles (surdité et hypertension artérielle), les effets des fortes doses de bruit urbain sont mal connus ; toutefois, les plaintes se multiplient concernant les bruits d'avion.

L'étude des bruits urbains est délicate, car il n'est pas facile de faire le tri entre la gêne qui est subjective et les effets objectifs. De plus, il est impossible de mesurer les doses de bruit reçues chaque jour pendant des dizaines d'années. Il faut donc se contenter d'estimations fondées sur la mesure du bruit reçu en façade de l'habitation. Ces approximations diminuent considérablement la puissance statistique des études épidémiologiques. Malgré tout, quelques études menées surtout en Europe de l'Ouest à proximité des aéroports et des grands axes routiers ont montré un lien statistique convaincant entre une forte exposition au bruit urbain et plusieurs manifestations morbides : hypertension artérielle, infarctus de myocarde, troubles du sommeil (baisse de vigilance avec tendance à l'endormissement compensateur), humeur anxio-dépressive et, chez les enfants, baisse des performances scolaires.

L'exposition de la population

Le niveau d'exposition au bruit varie considérablement d'une région à l'autre, d'une ville à l'autre, et d'un logement à l'autre. Celui qui habite côté rue dans une résidence donnant sur une avenue très bruyante peut être très exposé au bruit, alors que celui qui habite côté cour peut avoir un logement très calme. Il faut aussi tenir compte des durées de transport quotidien. Les transports en commun ou en automobile peuvent exposer à des hauts niveaux de bruit. En métropole, l'Ile-de-France est probablement la région la plus exposée au bruit. Selon une étude menée en 2006 par Open Rome dans la clientèle de 80 médecins généralistes, 35 % des personnes interrogées habitent un domicile exposé à un bruit routier supérieur ou égal à 60 dB, 22 % passent plus d'une heure par jour en transports en commun, 21 % habitent un domicile survolé fréquemment par des avions passant à une altitude de moins de 3 000 mètres, 22 % des personnes interrogées répondent spontanément qu'ils sont soumis à des nuisances sonores.

Les conseils de prévention

Il n'y a pas de vie sans production de bruit. Ce qui est nuisible, c'est l'excès de bruit. Cet excès agit comme un poison pernicieux : plus on en reçoit, moins on s'en méfi e. Pour réduire sa dose de bruit, il faut d'abord y penser et privilégier les lieux et les comportements moins bruyants : insonoriser les fenêtres donnant sur la rue, choisir des bars ou des restaurants calmes, éviter d'augmenter l'intensité du baladeur ou de l'autoradio pour masquer le bruit extérieur, etc. Face à un patient hypertendu ou anxio-dépressif, il faut poser des questions sur le logement et les durées de transport. La prise de conscience d'une forte exposition au bruit peut aider le patient à diminuer ses "doses de bruit". Quand un patient se plaint (du bruit) du voisinage, il faut penser à chercher une exposition à d'autres sources de bruit. Dans l'étude menée par Open Rome, les médecins généralistes ont noté que, dans les communes subissant jour et nuit un énorme bruit aérien, certains patients se plaignent surtout... des aboiements du chien du voisin. La plupart des solutions pour réduire le bruit urbain relèvent de décisions collectives et de pressions sur les producteurs de bruit. Y penser quand on vote ou quand on consomme !

DR JEAN-MARIE COHEN,
OPEN ROME

  • Bruit et santé : étude décisive menée sur 4 000 Franciliens. Août 2007. http://www.region-iledefrance.com/
  • Haines MM et al. Multilevel modelling of aircraft noise on performance tests in schools around Heathrow Airport London. J Epidemiol Community Health 2002 ; 56(2) : 139-144. 
  • Belojevic G, Saric-Tanskovic M. Prevalence of arterial hypertension and myocardial infarction in relation to subjective ratings of traffi c noise exposure. Noise Health 2002; 4(16): 33-37.
  • Vallet M et al. La gêne due au bruit des avions autour des aéroports. Ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement - Mission bruit, 2000, t1 ; 126 pages, t2 ; 45 pages.