Média
22 avril 2013

L'urgence de l'eau

À l'occasion du 6e forum mondial de l'eau, qui se tiendra à Marseille du 12 au 17 mars 2012, son président Benedito Braga (1) , également vice-président du Conseil mondial de l'eau et directeur de l'Agence nationale de l'eau du Brésil, évoque son combat pour que la voix de l'eau soit entendue.

Aujourd'hui, peut-on parler d'accès à l'eau pour les plus pauvres ?

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© Photothèque Veolia : Peter Alan/Interlinks image

Benedito Braga : Dans certains pays, il y a eu des progrès. Mais, dans beaucoup de zones rurales, on est encore loin du compte. Les plus pauvres sont toujours les plus fragilisés par le manque d'infrastructures d'assainissement, par exemple, dans les bidonvilles des grandes villes. Ainsi, un récent rapport des Nations unies sur l'Afrique sub-saharienne indique que les 20 % les plus pauvres de la population courent six fois plus de risques d'avoir affaire à une source d'eau non potable que les 20 % les plus riches. Dans cette même région du monde, on estimait en 2008 que 700 millions de personnes des zones rurales n'avaient pas accès à l'eau potable, contre 140 millions dans les zones urbaines. Il reste donc encore beaucoup à faire pour les plus déshérités. Sans oublier ce qui est encore trop négligé comme les systèmes d'assainissement où des détériorations sont constatées.

Quels obstacles empêchent d'atteindre les objectifs du Millénaire énoncés en l'an 2000 ?

B.B. : Les moyens financiers, bien sûr. Et il faut reconnaître que la communauté internationale n'a pas encore trouvé les mécanismes de soutien adéquats. Également, l'absence de prise de conscience, par beaucoup de gouvernements, des implications d'un manque d'eau potable sur la santé publique ou la mortalité infantile. Bref, la tâche est énorme pour motiver les pouvoirs publics à mettre plus d'argent sur la table. Et même si, politiquement, c'est un acte important, la résolution des Nations unies de 2010, qui reconnaît l'accès à l'eau comme un droit de l'homme, n'a pas encore eu d'effet positif. Un droit que certains gouvernements ne voulaient pas reconnaître jusqu'à récemment... Il faut donc procéder étape par étape, et commencer par savoir comment le mettre en pratique.

Quel est le poids de la croissance démographique, de l'urbanisation ? L'assainissement est une question prioritaire pour vous...

B.B. : L'absence de qualité de l'eau dans les zones urbaines très peuplées, comme Manille, Mexico ou São Paulo, se transforme en problème d'approvisionnement en eau potable dans ces zones, celle-ci devenant plus chère et moins sûre. Pour faire face à cette situation, les besoins financiers sont immenses. Un seul chiffre : au Brésil, on estime qu'il faudra trouver 180 milliards$ dans les dix ans à venir pour obtenir une qualité d'eau acceptable dans les villes.

Comment le changement climatique va-t-il affecter le secteur de l'eau ?

B.B. : Si les prévisions des scientifiques sont avérées, il faudra s'adapter rapidement aux périodes plus longues de sécheresse ou d'inondations. Les variations climatiques nous obligeront à adopter de nouvelles techniques, à construire davantage de barrages et de réserves d'eau. Un exemple suffit à souligner les besoins en infrastructures et le décalage entre les pays : alors qu'en Australie les réserves d'eau sont estimées à 5000 m3 par an et par habitant, elles sont de... 30 m3 en Éthiopie ! Une démonstration de la fragilité des pays africains par rapport aux variations climatiques qui risquent de s'accentuer.

Les variations climatiques nous obligeront à adopter de nouvelles techniques, à construire davantage de barrages et de réserves d'eau.

Un exemple suffit à souligner les besoins en infrastructures et le décalage entre les pays : alors qu'en Australie les réserves d'eau sont estimées à 5000 m3 par an et par habitant, elles sont de... 30 m3 en Éthiopie ! Une démonstration de la fragilité des pays africains par rapport aux variations climatiques qui risquent de s'accentuer.

Quel rôle les industriels de l'eau et les autres parties prenantes peuvent-ils jouer dans l'accès à l'eau pour tous ?

B.B. : Pour améliorer l'accès à l'eau et aider les pays les plus pauvres, il ne faut pas opposer secteur public et secteur privé mais bien trouver les mécanismes financiers adéquats. Les pays riches devraient leur apporter leur expertise et leur technologie, pourquoi pas par le biais d'un fonds international d'aide ou d'un mécanisme de financement, comme une taxe sur les cigarettes et les armes. C'est une solution à laquelle je crois. Le Conseil mondial de l'eau s'emploie à trouver des solutions gagnant/gagnant de ce type.

Qu'attendez-vous de Rio +20 ?

B.B. : Le Conseil mondial de l'eau travaille main dans la main avec les Nations unies, notamment avec son secrétaire général, Ban Ki-moon, pour que la question de l'eau soit sur la table de Rio. Avec ses deux thèmes : « croissance verte et réduction de la pauvreté ». L'accès à l'eau et à l'assainissement est, qu'on le veuille ou non, au cœur de l'agenda de Rio. Sans usage approprié de l'eau et sans accès à des services de l'eau et d'assainissement, ces questions ne peuvent pas trouver d'issue. C'est pourquoi nous sommes en contact étroit avec les gouvernements et les services des Nations unies pour aborder ces questions cruciales à Rio.

(1) En matière de ressources en eau avec participation des parties prenantes, le professeur Braga mène des recherches actives dans la résolution de conflits et des processus de prise de décision multi-objectifs. Il a pris part à plusieurs comités internationaux militant en faveur du concept de management intégré des ressources en eau.