Média
6 janvier 2015

La mégalopole, facteur de la résilience urbaine ?

Gu ShuZhong / Régis Calmels, le grand débat.

Comment définiriez-vous la résilience urbaine ?
 

DR GU - la résilience urbaine- planet 5






Gu ShuZhong
Directeur et professeur de l’Institut de recherche en politiques de gestion des ressources et de l’environnement - R&D 

« Il s’agit pour moi de la faculté d’adaptation d’une ville aux changements, alors que le développement durable implique une problématique plus vaste. La résilience urbaine d’une ville doit être suffisamment forte pour lui permettre d’affronter les mutations, les défis de toute sorte… et de s’y adapter dans les plus brefs délais »

 

Régis Calmels








Régis Calmels
Directeur de Veolia Asie

« Evoquer la résilience appelle une vision  à court, moyen et long termes. A court terme, la satisfaction des populations urbaines prime. Par exemple concernant la gestion des déchets, l’approvisionnement en eau et le traitement des eaux usées, et la qualité de l’air. A moyen et long termes, c’est leur conviction de l’opportunité et de la durabilité des décisions prises qui prévaut. »

 

Le gouvernement chinois porte un projet hors norme : Jing-Jin-Ji.

En fusionnant les villes de Pékin et Tianjin avec les bassins industriels de la province de Hebei, les autorités ambitionnent de créer la plus grande mégalopole du monde, capable de soutenir une croissance au rythme effréné. Mais la taille d’une ville garantit-elle une résilience urbaine soutenable ?  Le point de vue de deux experts.
 
Jing-Jin-Ji - planet5
 


> Face à la poussée vertigineuse des villes chinoises, deux écoles s’affrontent : Jing-Jin-Ji répond-il à un urbanisme durable ?

Gu ShuZhong / Si la question de l’échelle est un élément important du développement d’une ville, la qualité et la viabilité du projet passent avant tout le reste. Je pense notamment à la prise en compte globale de la capacité d’acheminement des ressources, de l’environnement et de l’approvisionnement en ressources locales, en fonction de la population et des industries. Si toutes ces questions sont maîtrisées, une ville, si énorme soit-elle, peut être durable. Dans le cas contraire, même une petite ville sera exposée à des problèmes tels que le manque d’eau, un traitement des déchets inefficace ou une pollution atmosphérique chronique.

Régis Calmels / Dans les années 1980, une zone économique spéciale a été mise en place à Shenzhen, avant que ne soit créé, dans les années 1990, le nouveau district de Pudong. L’indéniable succès de ce projet a fait de Shanghai l’un des centres urbains les plus performants et les plus résilients du monde. Pour le pays, la prochaine étape logique est la création de la mégalopole Jing-Jin-Ji. Elle sera un condensé de ce qui se fait de mieux en termes de gestion et d’infrastructure urbaines, facteur d’économies d’échelle et de développement durable.
 

> A quelles difficultés majeures va se heurter l’instauration de normes sociales et environnementales au sein d’une population urbaine si importante ?

R. C. / Au niveau macroéconomique, l’une des questions les plus critiques reste la gouvernance : améliorer l’organisation, simplifier les décisions, accroître l’efficacité et satisfaire l’ensemble des acteurs impliqués. Chez Veolia, nous sommes très vigilants sur les engagements auprès de nos parties prenantes, notamment nos clients et collaborateurs. La mise en œuvre de ces engagements est généralement plus efficace si les missions sont confiées à des entités privées. 


G. SZ. / La gouvernance des villes chinoises doit encore être largement améliorée, qu’il s’agisse de la gestion des espaces publics, du transport urbain, des infrastructures industrielles, des questions environnementales… La gestion du projet Jing-Jin-Ji implique de relever de nouveaux défis, face aux systèmes administratifs très cloisonnés des cités. Il est donc absolument nécessaire de renforcer l’articulation entre les trois villes et les provinces pour installer une structure de coordination centralisée. Le développement collaboratif de Pékin, Tianjin et Hebei jouit d’un véritable consensus parmi les populations de la région. Jing-Jin-Ji dispose désormais d’un mécanisme de pilotage du développement de la région censé impulser les synergies.
 

> Comment une mégalopole peut-elle offrir à la Chine une réponse à ses problèmes de ressources ? 

R. C. / Une mégalopole génère de formidables économies d’échelle à tous les niveaux, en termes de procédés et d’optimisation de la prise de décision. Veolia collabore déjà étroitement avec la municipalité de Tianjin et plusieurs clients industriels sur des projets d’approvisionnement en eau et de traitement des déchets dangereux de la ville. Grâce à des décisions communes prises à l’échelon d’une région plus vaste, Veolia pourrait apporter une palette plus large de solutions innovantes. Par exemple, à Jing-Jin-Ji, nombre d’opportunités existent pour développer des réseaux partagés de climatisation, avec à la clé des économies d’énergie et donc des impacts positifs sur la qualité de l’air.
 

> Quel sera le rôle des groupes privés et des agences non gouvernementales dans l’adaptation au changement des populations chinoises ?

G. SZ. / La gouvernance d’une ville dépend des efforts conjoints de l’ensemble des parties prenantes, à commencer par les groupes privés. Ceux ayant une bonne réputation, à l’expertise reconnue, ont un rôle indiscutable dans la gouvernance urbaine, en particulier au niveau des services de gestion de l’eau et des déchets.
 
R. C. / Le défi consiste à optimiser la résilience urbaine et à répondre aux besoins d’une ville en croissance, tout en améliorant constamment la qualité des services rendus. Veolia est référencé dans les zones urbaines chinoises, en particulier à Shenzhen, à Shanghai, à Tianjin et à Harbin. Son ambition est aujourd’hui de nouer de nouveaux partenariats, en particulier avec les industriels chinois, afin de continuer à offrir des solutions innovantes en matière de traitement des déchets et d’approvisionnement en eau comme en énergie. 
 

Partenaires pour préserver les ressources

La préservation des ressources est la clé de la résilience d’une mégalopole. Avec Tianjin Soda, société de produits chimiques, Veolia a mis au point un projet pilote de réutilisation des eaux usées industrielles. Veolia est également à l’origine, dans le cadre d’un accord de concession portant sur le traitement des eaux potables et des eaux usées pour la région de Tianjin Shibei, d’un programme à but non lucratif faisant économiser des millions de tonnes d’eau tout au long du projet. A Tianjin, Veolia a ouvert le premier centre intégré du pays dédié au recyclage/élimination/traitement de déchets dangereux.

« Tisser de bonnes relations avec les autorités locales et les entreprises publiques reste notre priorité. C’est un gage de partenariats solides. » déclare Régis Calmels.

Retrouvez l'intégralité de cet article dans notre magazine Planet.
 

Pudong, douze ans d’innovation :
le service de l’eau de Pudong, le quartier financier et commercial de Shanghai, est devenu une plate-forme d’expertise mondiale.

Tianjin Soda, en Chine : 

Veolia a mis en œuvre une solution de traitement qui a permis dès 2014 le recyclage de 30 % des eaux usées du complexe chimique.

 

Harbin, dans le nord-est de la Chine :

Veolia construit et exploite un réseau de chauffage, piloté en temps réel, aux performances énergétiques exceptionnelles.