Média
22 avril 2013

« La ville durable est une ville économiquement attractive »

Entretien avec Geneviève Ferone, directrice du développement durable de Veolia Environnement

Quelles sont les conditions pour que la ville soit plus vivable ?

Comme le corps humain, la ville est un organisme vivant au métabolisme complexe.
Rénover la ville, la rendre plus vivable suppose de faire avant tout un état des lieux précis des ressources dont elle dispose, c'est-à-dire établir une cartographie des fluides et des flux.
C'est la condition première pour opérer un juste arbitrage entre l'intérêt économique et l'intérêt écologique des mesures dites environnementales, et obtenir le meilleur effet de levier en termes d'attractivité.

À l'heure où les villes sont en compétition les unes avec les autres, cette notion d'attractivité est essentielle : tout euro investi doit à la fois contribuer à créer de l'emploi et de la qualité de vie. Ainsi, par exemple, la création d'un espace vert doit aussi être considéré en termes d'utilité, de rentabilité. Il ne faut pas se leurrer : sans un modèle économique solide, aucune solution, même la plus ingénieuse, ne peut réussir.

N'y a-t-il pas de risques de conflits entre l'économique et le durable ? Comment s'en sortir ?

Le développement durable suppose des arbitrages parfois violents entre des intérêts ou des préoccupations divergents, entre le long terme et le court terme, avec, parfois, un décalage entre le monde rêvé et la solvabilité.

C'est pour cela, par exemple, que les écoquartiers ne peuvent pas constituer des réponses globales, même si ce qui s'y passe est intéressant. Nous devons passer à une autre échelle.

Aujourd'hui, même si de grands organismes de recherche travaillent sur des schémas globaux d'aménagement urbain, pas une seule ville au monde n'a encore été capable de proposer un schéma d'aménagement global. Nous sommes encore au début de cette prise en compte multifactorielle de la ville.

Qu'en est-il de la concertation de la population ?

Elle est essentielle, mais difficile à mettre en place. Seule une minorité de la population est sensibilisée et prête à se mobiliser. Pour arriver à toucher les gens, essayer de modifier les habitudes, il doit exister une appropriation spatiale du territoire. La meilleure échelle, celle où la population prend pleinement conscience de la qualité de vie et est le plus sensible aux facteurs humains, est celle du quartier. Mais, on l'a vu, cette échelle est trop restrictive.
Internet, par sa fonction pédagogique, peut contribuer à créer cette appropriation.

Les Agendas 21 locaux sont-ils adaptés à cette concertation ?

Ces outils de planification et de dialogue sont intéressants et participent à une démarche qualité. Mais nous devons être plus ambitieux et volontaristes, notamment sur l'enjeu essentiel de la réconciliation entre le foncier et les différentes fonctions de la ville (travail, logement, loisirs...), tant au niveau de l'espace que du temps. Il nous faut de plus en plus penser en termes de mixité, développer les usages partagés de la ville.

Définition de l'Agenda 21 local

Un Agenda 21 local est une démarche participative à l'échelle d'un territoire qui définit un programme d'actions en faveur du développement durable, impliquant les acteurs publics, privés et associatifs.
L'Agenda 21 est issu des préconisations des Nations unies lors du Sommet de la terre de Rio, en 1992.
Cette démarche n'est pas obligatoire, mais est un engagement volontaire de la part de la collectivité locale. Agenda signifie « ce qu'il faut faire » en latin. Pour faciliter la mise en place des Agendas 21 locaux, le ministère français en charge du Développement durable a élaboré un cadre de référence qui vise cinq finalités : la lutte contre le changement climatique ; la préservation de la biodiversité, des milieux et des ressources ; la cohésion sociale et la solidarité entre les territoires et les générations ; l'épanouissement de tous les êtres humains et une dynamique de développement suivant des modes de production et de consommation responsables.