Média
28 avril 2010

Les déterminants de la santé et l'impact de l'environnement sur la santé

Les déterminants de la santé. Quel est l'impact de l'environnement ?

Souvent questionné par les patients sur l'impact de l'environnement sur la santé, le médecin doit se faire une opinion éclairée et scientifiquement validée .

Pour la plupart des médecins, le rôle de l'environnement sur la santé n'a rien d'évident. Ils entendent un discours ambiant souvent teinté de catastrophisme. Leurs patients leur posent des questions pour lesquelles ils sont souvent démunis : la catastrophe de Tchernobyl, les incinérateurs d'ordures ménagères, les antennes-relais pour la téléphonie mobile, les pesticides, constituent-ils une menace pour la santé ?

Malgré les améliorations de la qualité de nos milieux de vie, nous n'en avons pas fini avec les pathologies duesaux agents chimiques, biologiques ou physiques. Mais celles-ci ont changé de visage. Le temps des poisons est révolu. Il était marqué par des expositions et des doses importantes se traduisant rapidement par des effets souvent spectaculaires et faciles à repérer au niveau individuel dont la colique saturnine fournit un bon exemple. Est venu le temps des expositions à de faibles niveaux répétés pendant de longues périodes dont le mésothéliome pleural lié à l'amiante est l'archétype.

Une contribution aux maladies chroniques

Au plan international, un quart du fardeau des maladies est ainsi attribuable aux facteurs d'environnement, les problèmes de diarrhée liés à l'eau et les pathologies respiratoires dues à la pollution atmosphérique arrivant en tête. Au plan européen, les pays occidentaux sont entre 10 et 15 %, tandis que les pays orientaux se situent autour de 20 %. En France, cette méthode a été utilisée lors de la préparation de loi de santé publique de 2004, ainsi que pour la préparation du plan national Santé Environnement. Il est donc possible de faire sortir les risques sanitaires de l'environnement de l'invisibilité liée à leurs caractéristiques actuelles. Pour l'essentiel, dans notre pays, les facteurs de l'environnement n'induisent pas tant des pathologies spécifiques qu'ils contribuent aux maladies chroniques au même titre que les facteurs comportementaux. Ainsi, au-delà des scandales régulièrement annoncés, cette rubrique poursuit l'objectif de fournir aux praticiens des éléments d'information et de jugement leur apportant des outils pratiques pour qu'ils soient des acteurs à part entière de santé environnementale.

Impact de l'environnement sur la santé. Qu'en pensent vos patients ?

Si les patients consultent rarement pour un motif lié à une exposition environnementale, la population se montre très sensible à ces questions. Le baromètre santé-environnement de l'INPES permet de mieux comprendre les attentes de l'opinion.

Publié en juin 2008, ce baromètre, réalisé par l'INPES, est un des éléments du plan national Santé-Environnement qui couvre la période 2004-2008. L'enquête a été réalisée par téléphone auprès de 6 000 personnes de 18 à 75 ans au début de 2007. Le questionnaire comportait 150 questions.

Une grande sensibilité de l'opinion

Dans l'ensemble, la population se déclare particulièrement sensible à l'environnement. Sur une échelle de sensibilité de 1 à 10, moins d'une personne sur trois (28 %) se situe en dessous de la note 7. Sur certains sujets (qualité de l'eau, qualité de l'air extérieur, monoxyde de carbone, téléphones portables), les enquêtés s'estiment plutôt bien informés. Sur d'autres sujets, le sentiment d'information est plus faible : légionellose, peintures au plomb, air intérieur, pollution des sols. Le défi cit ressenti d'information est particulièrement net pour le radon, près de deux tiers des enquêtés n'en ayant jamais entendu parler. Les facteurs considérés comme les plus dangereux sont : la pollution de l'air, l'amiante, le monoxyde de carbone, les peintures au plomb et l'exposition solaire. En revanche, la pollution de l'air des locaux, les incinérateurs et la téléphonie mobile divisent l'opinion.

Le cancer en tête des craintes

Quatre personnes sur dix pensent avoir un risque plutôt élevé de développer un cancer du fait de leur environnement. Un tiers environ évoque les risques de stress, de troubles anxieux et de troubles du sommeil, ainsi que d'asthme. Une personne sur cinq considère avoir un risque élevé de maladie professionnelle. La majorité exprime sa confiance dans l'expertise scientifique sur la plupart des thèmes, à l'exception notable de la téléphonie mobile pour laquelle près de 50 % des interrogés déclarent ne pas être confiants. Il faut par ailleurs souligner que l'IRSN réalise annuellement depuis 1988 un baromètre sur la perception des risques et de la sécurité. Pour la première fois en 2007, les préoccupations environnementales des Français dépassent l'insécurité et arrivent au même niveau que le chômage ou l'exclusion.

Un grand besoin d'information

Au total, 10 % de la population forme un groupe de "sceptiques" (peu informés et peu inquiets), deux autres types rassemblent 20 %, les "tranquilles" (bien informés, peu inquiets) et les "craintifs" (très inquiets et méfiants) et un tiers du public est considéré comme "modéré" (bien informé et plutôt inquiet). Les résultats de ce premier baromètre montrent bien le besoin d'information du public en santé environnementale. Les médecins sont une source crédible d'information, ce qui leur donne une grande responsabilité dans un domaine où les incertitudes scientifi ques sont encore fréquentes et importantes. La plupart des préoccupations exprimées par la population ont été traitées au cours de la première année d'existence de cette rubrique. Nous continuerons ici de fournir aux praticiens les éléments les plus actuels, sous une forme pratique, pour les aider à se forger un jugement et à répondre de façon pertinente aux questions de leurs patients.

Pr WILLIAM DAB,
CHAIRE HYGIÈNE ET SÉCURITÉ, CNAM, PARIS