Média
12 novembre 2013

Osilub, nouvelle vie pour les huiles noires

Avec la hausse du prix du pétrole, la régénération des huiles de moteur usagées devient un enjeu crucial. La nouvelle usine Osilub s'inscrit dans une dynamique de recyclage et de valorisation économique et environnementale.

Par Hubert Kerneïs

Automobilistes, attention : n'oubliez pas d'effectuer la vidange de votre véhicule avant un long voyage ou, à défaut, une fois par an. Certes, l'ordinateur de bord de votre véhicule devrait vous prévenir, mais de plus en plus d'entre vous oublient, semble-t-il, d'effectuer cet entretien indispensable.

Imported image 27603

La raison : la durée entre les vidanges est de plus en plus espacée (20 000 à 30 000 km contre 5 000 auparavant). Si les vidanges deviennent moins fréquentes, c'est parce que huiles et moteurs ont gagné en performance.

Ces facteurs expliquent que le volume global des huiles de moteur usagées - qu'il est obligatoire de traiter -, soit en diminution constante depuis 2004 en Europe. Et depuis la directive européenne sur les déchets 2008/98/EC, les États doivent donner la priorité à la régénération des huiles usagées au détriment de leur incinération, qui est donc découragée.

En effet, par le passé, le principal débouché de ces huiles, toxiques pour l'environnement et classées comme déchets dangereux, était un usage énergétique, soit pour produire du ciment ou de la chaux, soit pour incinérer d'autres déchets dangereux.

81 % des huiles régénérées dans l'UE

La régénération consiste à produire, à partir d'huiles usagées, des huiles de base capables d'entrer à nouveau dans la fabrication d'huiles de moteur.

Imported image 27601

Désormais, avec les technologies les plus perfectionnées de régénération, on estime qu'avec quatre litres d'huiles de vidange usagées, on refait trois litres d'huile de moteur. Une solution d'avenir, au regard de la hausse continue sur une longue période du prix des hydrocarbures. De fait, si en 2000, 27 % des huiles usagées de l'Union européenne étaient régénérées, le chiffre est passé à 81 % en 2010 - soit 1 790 000 tonnes -, sur un total d'huiles usagées collectées de 2 210 000 tonnes.

En France, la régénération est devenue majoritaire en 2011 par rapport à l'incinération (52 %), passant même à 63 % en 2012. Ce chiffre s'explique en partie par le lancement de la nouvelle usine Osilub, qui offre désormais une capacité de traitement importante (120 000 t par an).

Mais ce chiffre s'explique surtout aussi « par le fait que les cimentiers délaissent peu à peu les huiles usagées au profit d'autres combustibles comme les pneus ou la biomasse. Ils ont en effet de plus en plus de mal à suivre l'explosion du prix des huiles usagées, dont le niveau est passé d'une moyenne de 75 € la tonne en 2008 à 111 € en 2010 et autour de 200 € en 2012. On peut donc dire que le marché exerce une influence positive sur l'environnement, puisqu'il incite à régénérer davantage qu'à incinérer ».
Éric Lecointre, Coordinateur du secteur déchets de l'automobile à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe)

Ce n'est pas tous les jours que cela arrive !

La France exporte encore 40 000 t/an d'huiles usagées vers l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. Après régénération, elles reviennent sur le territoire sous forme d'huiles moteur, s'inscrivant directement en concurrence avec les fabricants français de lubrifiants. La mise en production d'Osilub répond aux exigences de l'Union européenne sur la priorité au recyclage matière et contribue à freiner cette exportation.

Recycler en boucle des huiles usagées

« C'est la première fois au niveau mondial qu'un acteur du traitement des déchets s'associe à une compagnie pétrolière pour créer une usine de régénération d'huiles usagées de cette dimension. »

Ouverte en 2012, l'usine flambant neuve Osilub près de Gonfreville (région du Havre) fait à juste titre la fierté de son directeur Jacques Tricard. Quelque 55 millions d'euros d'investissement, une capacité de traitement de 120 000 t par an — ce qui correspond à la moitié du gisement d'huiles usagées à recycler en France —, Osilub est une filiale à 65 % de Veolia et à 35 % du pétrolier Total.

Imported image 27602

Bénéficiant de la proximité du port autonome du Havre, l'usine a vocation à traiter non seulement les huiles de moteur usagées françaises, mais aussi celles du nord-ouest de l'Europe (Royaume-Uni, Benelux), zone économique grosse productrice d'huiles usagées, mais présentant un net déficit en capacité de régénération.

La singularité d'Osilub tient au procédé de distillation mis en œuvre. Issu du secteur de la chimie fine et développé en collaboration avec le Centre régional d'innovation et de transfert de technologie (CRITT) et l'Ademe, ce procédé permet d'obtenir un rendement moyen de 75 %, contre 45 % habituellement. Ce qui veut dire qu'à partir d'un litre d'huile usagée on pourra obtenir 0,75 litre d'un produit intermédiaire (le VGO, Vacuum Gas Oil) entrant dans la composition d'huiles de base, pour une production de qualité au moins égale à celle des meilleures huiles vierges du marché.