Média
20 avril 2010

Pollution atmosphérique, quel est le risque cardiaque ?

L'impact sur la morbidité et la mortalité de l'exposition à la pollution atmosphérique est désormais bien établi. En particulier, l'effet sur l'appareil respiratoire est bien connu. Mais de nombreux travaux ont également permis de montrer qu'il ne fallait pas négliger l'impact sur l'appareil cardio-vasculaire.

De nombreuses études épidémiologiques ont montré les liens entre les variations journalières des concentrations d'indicateurs de pollution atmosphérique, notamment les particules en suspension et le dioxyde d'azote (NO2), et celles du nombre de décès ou d'hospitalisations pour maladies cardio-vasculaires. En France, une étude réalisée dans neuf agglomérations, dans le cadre du programme de surveillance Air Santé (PSAS) de l'Institut de veille sanitaire, a ainsi montré une augmentation significative du nombre de décès et d'hospitalisations pour motifs cardio-vasculaires, en particulier pour cardiopathies ischémiques, dans les deux jours suivant une élévation des niveaux de particules.
D'autres travaux ont pu montrer l'impact de l'exposition récente aux particules sur la survenue d'un infarctus du myocarde, de troubles du rythme et d'accidents vasculaires cérébraux ischémiques, mais aussi sur des indices physiologiques, en particulier une diminution de la variabilité de la fréquence cardiaque. Les mécanismes biologiques à l'oeuvre ne sont encore que partiellement expliqués.

Stress oxydant et inflammation

Toutefois, de nombreux travaux de recherche ont permis de montrer l'effet pro-inflammatoire des particules inhalées, qui provoquent un stress oxydant dans les poumons. Cette inflammation locale déclencherait une réaction systémique avec, notamment, des modifications de la viscosité plasmatique et de la coagulation, associées à un risque plus élevé de thrombose et de déstabilisation de la plaque d'athérome. Simultanément, l'interaction des polluants inhalés avec des récepteurs des voies respiratoires pourrait induire des perturbations du système nerveux autonome, en particulier de la régulation du rythme cardiaque. Ces mécanismes pourraient expliquer la sensibilité plus élevée de certains groupes de population : personnes âgées, patients atteints d'athéro-sclérose, de diabète, d'hypertension, de troubles du rythme cardiaque, mais aussi de pathologies respiratoires.

Les effets à long terme

L'étude de la cohorte de l'American Cancer Society a permis d'observer une association particulièrement nette entre l'exposition chronique aux particules et la mortalité à long terme par cardiopathies ischémiques. Cette exposition serait impliquée dans le développement de l'athérosclérose. Une étude menée à Los Angeles est venue étayer cette hypothèse en montrant une relation significative entre l'exposition chronique aux particules et l'épaisseur intima-média carotidienne. Ces résultats ont été confirmés par des travaux expérimentaux.
L'impact de la pollution atmosphérique sur l'appareil cardio- vasculaire aux niveaux actuellement mesurés dans les villes européennes a été clairement démontré. L'intensité des effets observés pourra paraître faible au clinicien, par rapport à d'autres facteurs de risque. Ce serait négliger la taille de la population exposée et, donc, le bénéfice substantiel en termes de santé publique associé à une réduction de l'exposition de la population à ces polluants.

DR CHRISTOPHE DECLERCQ,
ET L'ÉQUIPE DU PROGRAMME DE SURVEILLANCE AIR ET SANTÉ (PSAS), INSTITUT DE VEILLE SANITAIRE

  • http://www.invs.sante.fr/surveillance/psas9/default.htm
  • Lefranc A, Larrieu S. Pollution atmosphérique et risque cardio-vasculaire. Correspondances en risque cardio-vasculaire 2008;6:9-14 
  • Zimkhovitch BZ et coll. Air pollution and cardiovascular injury. Epidemiology, toxicology and mechanisms. J Am Coll Cardiol 2008;52:719-726.