Média
20 avril 2010

Pollution des milieux intérieurs, que peut faire le médecin ?

La qualité de l'air intérieur est un facteur incontournable de santé. S'en préoccuper fait partie du rôle des professionnels de santé, en particulier du médecin. Sans devoir se spécialiser dans ce domaine, chacun peut détecter, grâce à son simple bon sens, des situations pathogènes ; il peut aussi relayer les informations disponibles.

L'expression d'une plainte par un patient est l'extériorisation d'une souffrance dont l'origine peut être interne (pathologie métabolique, infl ammatoire...) ou externe (infestation microbienne, réaction au contact d'agents nocifs, irritants, allergisants...). L'environnement avec lequel l'homme occidental est aujourd'hui le plus longtemps en contact est ce que l'on appelle les "milieux intérieurs". Ce terme recouvre l'habitation, mais aussi les lieux de travail, de loisirs ou de soins, les bâtiments publics et d'enseignement. Dans un souci d'économies énergétiques, ces espaces sont rendus de plus en plus hermétiques à l'air extérieur alors qu'une panoplie toujours plus riche de produits chimiques complexes est utilisée. Le service d'analyse des milieux intérieurs (SAMI) de la province de Liège, créé le 1er octobre 1999, vise à étudier les habitations suspectes de receler des éléments nuisibles à la santé des occupants sur demande de ceux-ci, avec l'aide de leur médecin traitant.
Au cours des premières années d'activité, le service a reçu plus de 1 600 appels et a effectué environ 120 visites par. À la fin 2009, nous avions donc visité plus de mille résidences. De nombreux appels ont fait l'objet de conseils par téléphone ou courrier avec, le cas échéant, réorientation vers les services spécialisés concernés. Après la visite au domicile, le médecin demandeur reçoit un rapport reprenant les observations réalisées et des conseils, sous forme de solutions pratiques. Après un délai variable, les personnes et leurs médecins sont recontactés afin de réévaluer la situation. Cette évaluation montre que, parmi les personnes qui suivent les conseils, plus de 80 % voient leur état de santé s'améliorer

Les symptômes d'alerte

La voie d'entrée la plus fréquente étant aérienne, c'est au système respiratoire que la plupart des plaintes se rapportent. Toux, irritations, crises d'asthme, sinusites... sont des signes qui doivent attirer l'attention, surtout s'ils sont discontinus avec recrudescence dans certaines pièces. L'irritation des muqueuses oculaires est aussi souvent évoquée. Les agents irritants responsables peuvent être : des composés chimiques (formaldéhyde, solvants, oxydes d'azote, parfums artificiels, produits d'entretiens, produits de combustion...), des agents physiques comme les fibres d'isolation (laine de verre, de roche...) ou des substances biologiques (moisissures, acariens, plantes d'appartements, animaux de compagnie...). Certains tableaux neurologiques (dépressions, vertiges, fatigue...) peuvent être causés ou aggravés par l'exposition de personnes sensibles à un environnement chargé en produits chimiques voire en agents physiques (champs électromagnétiques ?). L'objectif de la démarche du SAMI est de réduire, autant que faire se peut, avec les moyens disponibles, l'exposition des patients. En bonne logique, il y a lieu de commencer par éloigner, voire éliminer, les sources des nuisances. Il faut aussi, très souvent, conseiller d'améliorer la ventilation des habitations.

DR ALAIN NICOLAS,
DÉPARTEMENT DE LA MÉDECINE DE L'ENVIRONNEMENT DE LA PROVINCE DE LIÈGE