Média
20 avril 2010

Qualité de l'air et trafic routier, quelles normes pour quels bénéfices ?

Les études épidémiologiques mettant en relation la mortalité, la morbidité et les niveaux de pollution atmosphérique permettent d'étudier des relations dose-effet. Celles-ci peuvent servir à estimer les risques, mais aussi les bénéfices des actions de prévention.

On dispose désormais de fonctions mathématiques reliant une concentration unitaire de polluant dans l'air des villes à une augmentation de la mortalité (à court terme et à long terme et postnéonatale respiratoire) ou de la morbidité (crise d'asthme, bronchite, bronchopneumopathie, admission hospitalière respiratoire ou cardio-vasculaire). Les émissions des véhicules routiers, notamment les particules fines et ultrafines et les oxydes d'azote, contribuent significativement à ces effets. On peut ainsi estimer que sur les 32 000 décès attribuables à la pollution de l'air par les PM10 en France (6 % de la mortalité totale), plus de la moitié, soit environ 17 000 décès, étaient dus aux émissions du trafic routier.

Le renforcement des normes européennes

Ces résultats ont contribué à un renforcement des normes européennes limitant les émissions des véhicules. Les normes EURO IV et V ont divisé par 10 les émissions de particules pour les véhicules Diesels neufs et par 2,5 celles des oxydes d'azote (NOx) pour tous les véhicules neufs. Si ces normes impliquent des contraintes technologiques et des coûts économiques supplémentaires, il est important de pouvoir leur associer des bénéfices pour la santé. L'ADEME a mené une étude en France visant à évaluer ces bénéfices. La prise en compte des effets de la pollution atmosphérique chez l'enfant via les données épidémiologiques et la détermination géolocalisée de la part de pollution atmosphérique attribuable au trafic routier sont les points forts de cette étude.

Le gain pour la santé

Celle-ci montre, par différences entre la situation en 2000 et celle en 2010, que les normes EURO IV et V produiront une diminution des impacts sanitaires attribuables au trafic routier variant selon les effets considérés de - 20 % (mortalité respiratoire postnéonatale) à - 50 % (mortalité cardio-vasculaire à court terme). Convertis en unité monétaire via les concepts d'années de vie perdues et de consentement à payer pour éviter un risque donné, ces bénéfi ces sanitaires représentent une somme dépassant 45 millions d'euros pour la morbidité et 2 milliards d'euros pour la mortalité (données non publiées).

L'apport de l'épidémiologie

Ces bénéfices sanitaires et économiques en France sont à mettre au compte des contraintes normatives décidées au niveau européen. Leur évaluation est rendue possible par les données épidémiologiques qui servent ainsi non seulement à diagnostiquer les problèmes, mais aussi à les résoudre.

VINCENT NEDELLEC,
DIRECTEUR DE VNC

  • (Kunzli N, Kaiser R, Medina S et coll. Public-health impact of outdoor and traffi c-related air pollution: a European assessment. Lancet 2000;356:795-801.
  • Wismar M, Blau J, Ernst K, Figueras J. The effectiveness of health impact assessment. Scope and limitation of supporting decision-making in Europe.
  • European Observatory on Health Systems and Policies. Edited by Wismar M., Blau J., Ernst K., Figueras J. The united Kindom, Cromwel press, Trowbridge, Wilts ; 2008 : 321 p.
  • Nedellec V, Mosqueron L, Desqueyroux H. Effets des normes Euro IV et V sur la réduction des impacts sanitaires du trafi c routier urbain en France. I : méta-analyse en vue d'établir des fonctions exposition-risques pour les enfants. Environnement Risques & Santé, 2009:8(1);22-34.