Média
22 avril 2013

Stéphane Thomas, responsable du projet captage-transport-stockage

Il lève le voile sur un projet d'envergure qui appelle à concentrer de multiples programmes de recherche.

CO2 : 2 Projets pilotes entrent dans une phase concrète

Après une phase exploratoire, Veolia Environnement a concrétisé des partenariats et engagé deux opérations pilotes appelés à concentrer de multiples programmes de recherche.
La première opération a pour objectif de récupérer le CO2 dans les fumées d'un incinérateur de déchets industriels en vue de le valoriser.
La seconde consiste à le capter dans les fumées d'une centrale thermique et à le stocker dans un réservoir géologique.

Quelle technique de captage avez-vous retenue ?

« Nous avons ciblé des techniques de captage CO2 qui pourraient être adaptées aux différentes installations de Veolia Environnement, qu'elles relèvent du secteur de la propreté ou de l'énergie et quelle que soit leur taille.
Nous nous orientons en priorité vers des techniques de captage en post-combustion que l'on peut adapter sur des installations existantes. Nous avons sélectionné le captage par un procédé chimique utilisant des amines améliorées, ainsi qu'un procédé de refroidissement des gaz. Les premiers pilotes servent à faire des essais en laboratoire pour se rapprocher des conditions réelles. Ils seront utilisés pour différents programmes de recherche.»

Comment sera valorisé le CO2 capté dans les fumées de l'incinérateur de déchets ?

« Il sera réutilisé dans le process de fabrication d'une industrie chimique implantée à proximité. Le CO2 ainsi récupéré est substituable à des gaz industriels qui sont fournis par d'autres opérateurs. C'est un exemple des opportunités de valorisation qui peuvent être saisies partout où le Groupe exploite de petites centrales. Mais il s'agit de niches.
L'enjeu majeur pour limiter les émissions de CO2, c'est de trouver des solutions de stockage viables.»

Vers quelle solution de stockage orientez-vous vos travaux de recherche ?

« Après avoir examiné plusieurs solutions de stockage à l'étranger notamment des anciens réservoirs de gaz déplétés et des mines de charbon non exploitées, nous avons recherché des structures géologiques qui sont aujourd'hui reconnues comme pouvant servir de réservoir planétaire de CO2 : des aquifères salins qui, à 2 000 mètres de profondeur, présentent des caractéristiques optimales pour le retenir. Nous avons identifié en Ile-de-France un site qui pourrait servir de réservoir géologique. Il s'agit de Claye-Souilly, où notre programme va reproduire la chaîne complète captage-transport-stockage, avec du CO2 émis par une centrale thermique alimentée à partir de déchets. Notre objectif est de faire fonctionner le système complet à partir de 2014 sur un dimensionnement qui reste encore à confirmer. »

Quelles précautions sont prises avant de procéder à cet essai grandeur nature ?

« Les techniques de réinjection de CO2 dans le sous-sol sont déjà pratiquées depuis une bonne vingtaine d'années dans le secteur de la production d'hydrocarbures. Par exemple, pour vendre leur gaz naturel sur le marché européen, les producteurs norvégiens et algériens doivent abattre sa teneur en CO2. Le CO2 ainsi récupéré est stocké dans des réservoirs géologiques. Nous nous inspirons de ces pratiques. Par ailleurs, nous avons fait appel à des experts, géologues et spécialistes de l'ingéniérie du stockage pour réaliser les études de faisabilité technique.
L'étude de pré-faisabilité a conclu qu'il était envisageable de stocker du CO2 dans le bassin parisien, sous certaines conditions. L'étude de faisabilité qui est en cours prend en compte tous les risques possibles au niveau du sous-sol,
de sa structure et de ses autres usages. Il est notamment vérifié que les nappes aquifères salines sont bien étanches et n'ont pas de correspondance avec les nappes avoisinantes, dont les nappes superficielles exploitées pour la production d'eau potable. Au total, la pré-faisabilité du projet aura été étudiée pendant un an et demi. Ce groupe d'experts est également chargé de nous faire des propositions pour l'exploitation du réservoir (son dimensionnement, le rythme d'injection, etc.). Si leurs conclusions positives sont confirmées, nous développerons alors notre programme d'observation du stockage, pour vérifier que l'opération s'effectue dans les conditions modélisées au préalable en raisonnant sur une échelle de temps longue.»