Paris 25.87€ (+2.74%)

Conférence de l’Institut Veolia : « Nous devons tous être des acteurs de la nécessaire réinvention des plastiques »

A l’occasion de la publication de sa revue FACTS Report, l’Institut Veolia a organisé le 21 mars au siège du Groupe à Aubervilliers une conférence-débat sur “L’indispensable réinvention des plastiques”. Quatre intervenants ont témoigné  : Eric Brac de la Perrière, fondateur de Yoyo ; Jean-Marie Julien, responsable expertise matériaux de L'Oréal ; Maria Luiza Pedrotti, chercheuse au CNRS et au laboratoire océanographique de Villefranche-sur-Mer ; et Laurent Auguste, directeur développement, innovation et marchés de Veolia. Le débat était animé par Dinah Louda, directrice exécutive de l'Institut Veolia.

Le plastique souple, résistant, léger, durable, imperméable et bon marché, simplifie la vie. Cependant, tout le plastique qui se retrouve dans la nature dégrade les écosystèmes naturels. Il représente un cas d’école de la « tragédie des communs », où les individus, agissant dans leur intérêt personnel, dégradent collectivement la valeur d’une ressource commune.
Mais si la pollution plastique résulte de nos comportements individuels, nous devons tous être des acteurs de la “déplastification”. Il faut réinventer totalement la chaîne de valeur des plastiques, innover depuis la conception des objets jusqu'à la gestion de leur fin de vie, pour permettre l'avènement d’une économie circulaire des plastiques.

Comment sortir de notre société du jetable pour aller vers une société des ressources ?

Maria Luiza Pedrotti (CNRS) a rappelé les conclusions d’une exploration menée en 2014 par la Fondation Tara Expéditions : 100% de la mer Méditerranée est polluée par le plastique, et les  microplastiques sont le lieu d’une intense colonisation par les bactéries, avec des effets néfastes sur le biote marin : « Une bouteille en plastique jetée par terre va rapidement dans l’océan, elle remonte la chaîne alimentaire et impacte la santé humaine, car le microplastique peut devenir un vecteur de diffusion de bactéries ». 

Jean-Marie Julien a présenté les engagements et les solutions de l’Oréal pour des emballages en plastique plus durables - telles que l’éco-design, l’intégration de plastiques recyclés, les bio-plastiques - et a indiqué que « L’Oréal utilisera 40% de PET recyclé dès 2020, et vise 100% de recyclage en 2025 et ”zéro fossile”  en 2050 ».

Laurent Auguste a souligné : « Depuis 2 ans, une mobilisation sans précédent de l’industrie et des marques accompagne la prise de conscience des consommateurs. L’économie circulaire des plastiques conduit tous les acteurs de la chaîne de valeur à collaborer pour trouver des solutions de recyclage à l’échelle mondiale. En donnant plus de valeur au plastique recyclé, cela permet de mieux rémunérer ceux qui collectent les plastiques dans les pays en développement, pour rendre cette économie plus inclusive ». Il a ainsi rappelé le lancement en janvier 2019 de l'Alliance to End Plastic Waste, réunissant une trentaine d'entreprises mondiales qui s’engagent à verser 1 milliard de dollars d’ici cinq ans - avec pour objectif d’atteindre 1,5 milliard de dollars -, pour déployer les solutions de réduction et de gestion des déchets plastiques et promouvoir leur recyclage. 

Eric Brac de la Perrière a présenté la plateforme collaborative Yoyo, qui récompense les habitants qui trient plus et mieux leurs bouteilles en plastique pour qu’elles soient recyclées : « Yoyo réunit déjà 20 000 familles qui recyclent 100% de leurs bouteilles en plastique et reçoivent des “récompenses” pour leurs bons gestes de tri, comme des places de cinéma, des cours de permis de conduire, des places de manifestations sportives, etc. »

Les contributions de la revue de l’Institut Veolia FACTS Reports sur “L’indispensable réinvention des plastiques” :

Extraits des différents éclairages sur les usages et l’avenir du plastique réunis dans la revue.

  • En Inde, Kabadiwalla Connect utilise une plateforme technologique pour réduire les déchets mis en décharge, grâce à l’écosystème informel des recycleurs de déchets urbains. La start-up aide les communautés à récupérer des déchets post consommation de manière efficace et inclusive.
  • Pour contribuer à résoudre le problème de la pollution plastique, le WWF a créé deux plateformes - Bioplastic Feedstock Alliance et Cascading Materials Vision - pour aider à évaluer les risques de la chaîne d’approvisionnement et favoriser l’utilisation des matériaux secondaires.
  • Nicolas Grégoire et Igor Chauvelot présentent les nouveaux engagements et actions de Danone visant à garantir la circularité de ses emballages et à accélérer la transition vers une économie 100% circulaire à l’échelle mondiale d’ici 2025.
  • Toni Gallone et Agathe Zeni-Guido de Renault rappellent qu’un million de tonnes de plastique est utilisé chaque année par les constructeurs automobiles européens, et que la régénération des plastiques automobiles, notamment du polypropylène, répond aux objectifs réglementaires de valorisation des véhicules hors d’usage. L’augmentation du rendement de récupération du polypropylène alimente déjà les 52 000 tonnes de plastiques recyclés et consommés annuellement par le Groupe Renault.
  • Pour André Abreu (Fondation Tara Expéditions) et Maria Luiza Pedrotti (CNRS), les fragments de plastique sont ingérés par les organismes de l’écosystème marin, et en absorbant des polluants hydrophobes, ils font entrer ces agents nocifs dans la chaîne alimentaire.
  • Sachant que 50% des déchets plastiques marins sont issus de cinq pays - la Chine, l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam et la Thaïlande -, le projet STOP lancé en Indonésie vise « zéro rejet » dans l’environnement grâce à l'efficacité des ressources et au recyclage des plastiques, tout en apportant des bénéfices pour les communautés locales. En effet, dans les villes d’Indonésie, seulement 45 à 60% des déchets solides urbains sont collectés. Ce projet, visant à regrouper les différentes parties prenantes d’un territoire, accélère le changement vers un environnement sans déchets plastiques.
  • Plastic Bank lutte contre la pollution plastique des océans, en permettant d’échanger des déchets plastiques contre de l’argent, des marchandises ou des jetons numériques de blockchain. Ainsi, ce matériau devient trop précieux pour être jeté.
  • Carola Guyot Phung, chercheuse, i3-CRG, École Polytechnique, rappelle que l’industrie du plastique emploie en Europe 1,5 million de personnes dans 60 000 entreprises avec 350 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La collaboration homme-robot et la blockchain permettent aux entreprises d’évoluer vers le recyclage.

Les chiffres du plastique

9 milliards de tonnes de plastique accumulées depuis 1950.
9 % seulement du plastique est recyclé.
150 millions de tonnes de déchets plastiques dans les océans.
95 % des emballages plastiques sont jetés après utilisation.
335 millions de tonnes produites en 2016 et 1 100 millions de tonnes prévues en 2050 si rien ne change.
1 tonne de plastiques retraitée économise 5 barils de pétrole.
Une bouteille en plastique se décompose en 450 ans dans la nature.
Industrie du plastique : 1,5 million d’emplois en Europe et 27,5 milliards d’euros de contribution aux finances publiques.