Antoine Frérot aux Rencontres économiques d’Aix-en-provence 2019 : « Les solutions à court et moyen terme existent pour renouer avec la confiance sur la question du climat. »

Les rencontres économiques d’Aix-en-provence 2019 ont pour thème : « Renouer avec la confiance ». Selon le Cercle des économistes qui organise les débats, cette rupture de confiance serait engendrée par l’émergence de risques liés à la mondialisation, à la révolution numérique, au réchauffement climatique et à l’expansion de valeurs émancipatrices. Intervenant à la table ronde intitulée : « Entre angoisse et indifférence, comment se saisir de l'urgence climatique ? », le PDG de Veolia Antoine Frérot a présenté ses solutions à court et moyen terme.

La crise climatique est devenue réalité. Depuis la clôture de la COP 21 en 2015, la part du mix énergétique mondial du charbon-pétrole-gaz stagne à 80 % avec un rebond des émissions de CO2 en 2017 et 2018.

Portrait d'Antoine Frérot, PDG de Veolia
Nous pouvons ne pas attendre le progrès, car il existe déjà des solutions disponibles. Même si elles ne résoudront pas tous les problèmes, elles peuvent être mises en place à court terme et moyen terme, tout en menant des travaux de recherche pour le plus long terme. Ces solutions n’exigent pas de financements importants, voire sont souvent économiquement rentables. Elles ne remettent pas en cause nos modes de vie, et ne nécessitent pas d’accord mondial car elles sont souvent locales…. Il existe aussi des solutions institutionnelles. En dupliquant toutes ces solutions et en passant à l’échelle, cela résoudrait une grande partie des problèmes. Dans les métiers de l’environnement, une étude démontre que les solutions existantes permettraient de réduire de 30 % les émissions de CO2 qu’il est nécessaire d’éviter pour atteindre +2°C en 2100.
Antoine Frérot

Des solutions à court et moyen termes existent

- L’efficacité énergétique : dans l’industrie, pour Arcelor à Fos-sur-mer, Veolia a réduit de 25 % les consommations d'énergie en réutilisant les gaz sidérurgiques pour produire de la chaleur, de la vapeur et de l'électricité. Dans les bâtiments : deux hôpitaux en Argentine réduisent grâce aux solutions de Veolia leurs consommations d'énergie de 20 % et 25 % sans investissement.

- Par l'utilisation de la chaleur fatale des déchets non recyclables ou de la biomasse, Veolia valorise des carburants renouvelables qui se substituent directement aux énergies fossiles.

- Le recyclage des plastiques : fabriquer une bouteille à partir de plastique recyclé émet 70 % de CO2 en moins, comparativement au plastique vierge. 
Pour le long terme, restent à trouver des solutions pour ceux qui continueront à utiliser du charbon, comme la capture et le stockage du carbone.


Des solutions institutionnelles peuvent faire évoluer les comportements

Le PDG a évoqué les contraintes réglementaires et les incitations. Les premières peuvent accélérer les changements mais elles ont aussi des effets pervers.

Les incitations, par contre, sont plus efficaces. Par exemple, pour que polluer coûte plus cher que dépolluer, il faut donner un prix au carbone. Et pour que ce prix soit acceptable, il faut que cet argent soit utilisé pour dépolluer. Avec une redevance, on va deux fois plus vite pour dépolluer, c‘est ce qu’on a observé pour dépolluer l’eau. Et si la taxe carbone ne sert qu’à dépolluer, un sondage montre que 70% des gens sont prêts à l’accepter… N’oublions pas que plus de 60% des gaz à effet de serre sont émis pour produire les matières premières et fabriquer les produits. Alors appliquons le principe “pollueur payeur - dépollueur aidé”. Donnons un coût aux externalités négatives pour le climat, car de toute façon quelqu’un va payer. Probablement beaucoup plus cher, si nous n’agissons pas dès maintenant, et peut-être sur plusieurs générations, a conclu Antoine Frérot.