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Biogaz de décharge : quand la pollution devient solution

Du cercle vicieux à la trajectoire vertueuse ? Partout à travers le monde, le savoir-faire et la mobilisation des équipes de Veolia sont autant d’opportunités de trouver puis de mettre en place des alternatives afin que les déchets soient finalement synonymes de ressources.

De la Côte d’Ivoire au Brésil en passant par l'Australie, passage en revue d’actions qui font – déjà – leurs preuves.

Enjeu

Mieux traiter les déchets en devançant les pollutions dangereuses pour les populations et les écosystèmes

Objectif

Se mobiliser à travers le globe pour la transition énergétique

Réponse de Veolia

Multiplier les solutions permettant de transformer les déchets en énergies propres

Chiffres clés

65 à 70%Taux de méthane présent dans le biogaz issu des centres d’enfouissement de déchets

20 093 tonnesVolume d'émissions de méthane évitées par an au Brésil (soit plus de 562 000 teq CO2) par le captage du biogaz dans les centres de valorisation des déchets de Veolia

18 M tonnesVolume de déchets enfouis dans la décharge d’Akouédo avant l’arrêt de l’activité

75% Part des électeurs australiens de Nouvelle‐Galles du Sud considérant que les problèmes de gestion des déchets sont préoccupants (étude Veolia en Australie, 2022)


Akouédo, à une dizaine de kilomètres à l’est d’Abidjan. C’est ici qu’en 2018 l’État ivoirien a décidé de fermer une décharge de 90 hectares, après 43 ans d’activité. Au fil des décennies, la population a quadruplé, faisant du site, auparavant isolé, une zone périurbaine où certains logements flirtent avec les déchets industriels, ménagers et médicaux.

Chargé de sa réhabilitation, le leader ivoirien du BTP, PFO Africa, se tourne alors vers Veolia pour s’appuyer sur son expertise. « Une économie parallèle s’était développée sur place. Des chiffonniers, souvent des enfants, venaient fouiller les ordures, avec tous les risques que cela comporte », se souvient Philippe Bourdeaux.
Et le directeur Afrique Moyen Orient de Veolia le sait : l'exemple d’Akouédo, où 1 million de tonnes d’ordures étaient déposées chaque année, « illustre le manque d’infrastructures disponibles sur le continent africain pour une prise en charge durable de déchets dont les volumes croissent au rythme d’une urbanisation galopante ».

DE LA DÉCHARGE AU LIEU DE VIE PRODUCTEUR DE BIOGAZ

Pointé du doigt par plusieurs études en raison d'un risque de santé publique pour les riverains et l'écosystème (pollution des nappes souterraines, de la lagune Ebrié toute proche...), le site d’Akouédo fait depuis quatre ans l’objet d’une réhabilitation d’ampleur. Mais avant de voir sortir de terre le futur parc urbain, ses installations modulables et son parcours de santé, l’heure est à la limitation des infiltrations d’eau. Et donc à la production de lixiviats, formés lorsque la pluie croise la route des déchets.

« Dès la fermeture de la décharge fin 2018, nos équipes ont été mobilisées rapidement sur ce projet exemplaire de la transition écologique ivoirienne », rembobine Philippe Bourdeaux.

Leur rôle ? Tout d'abord accompagner PFO Africa dans la mise en place, sur la montagne de déchets, d’une couche de matériaux peu perméables surmontée d’une géomembrane et recouverte de terre végétale. Avant d’intervenir ensuite sur le dimensionnement et la construction des installations de récupération/traitement de lixiviats et de récupération/valorisation du biogaz extrait via la fermentation des déchets. En traitant 80 000 m2 de lixiviats chaque année, pas moins de 2 MWh d’électricité pourront être produits à partir du biogaz. Akouédo évitera, par la même occasion, l’émission de 76 000 tonnes de CO2. Une prise de conscience et un format de projet qui font des émules en Afrique, puisque Veolia planche actuellement sur la réhabilitation de décharges au Maroc et en Afrique du Sud.

« Le réaménagement du site d'Akouédo est un projet exemplaire de la transition écologique ivoirienne. »
Philippe Bourdeaux
Directeur Afrique Moyen Orient de Veolia

LE POTENTIEL DES DÉCHETS ORGANIQUES

Autre continent, autre ambiance. Mais inquiétudes et risques similaires. Avec ses 8,5 millions de km² et 214 millions d’habitants, le Brésil produit 80 millions de tonnes de déchets chaque année. Pour la moitié d’entre eux, la destination finale se trouve dans une des 3 000 décharges aussi illégales qu’incontrôlées que compte le plus grand pays de l’hémisphère sud... Une crise écologique à laquelle les collaborateurs de Veolia sont constamment confrontés et contre laquelle ils luttent au quotidien. Dernières réponses en date : l’exploitation de trois nouvelles centrales électriques initiée en 2021 à Iperó, Biguaçu et São Paulo.

« Ces unités produiront 12 400 kW d’électricité renouvelable à partir du biogaz issu de déchets organiques dans des centres d’enfouissement, dont la part est très élevée au Brésil », annonce Gustavo Migues, directeur de la zone Amérique latine de Veolia. De quoi couvrir les besoins en électricité d’une ville d’environ 42 000 habitants.

Plus au sud, le partenariat avec l’entreprise agroalimentaire Camil Alimentos conclu en 2021 illustre cette capacité à apporter des solutions innovantes. « Nous allons, sur leur site, gérer, exploiter et assurer la maintenance d’une centrale de cogénération en utilisant 95000 tonnes de balles de riz par an pour alimenter des chaudières produisant électricité et vapeur », détaille Gustavo Migues.

Pour lui, la future autonomie énergétique de Camil Alimentos pourrait bien être déclinable dans d’autres secteurs ou avec d’autres types de déchets, comme la bagasse de canne à sucre. Des opportunités qui demanderont une bonne dose de recherche & développement.

« Les unités Iperó, Biguaçu et São Paulo produiront 12 400 kW d’électricité renouvelable à partir du biogaz issu de la décomposition des déchets organiques, dont la part est très élevée au Brésil. »
Gustavo Migues
Directeur de la zone Amérique latine de Veolia

L’AUSTRALIE À L’HEURE D’UN TOURNANT

Confrontée à une dépendance énergétique, à la fois historique et naturelle, liée au charbon, l’Australie est à la croisée des chemins. « Au-delà du fait que de nombreuses mines arrivent en fin de cycle, on observe une véritable opposition à toute nouvelle idée d’exploitation. Les dernières élections ont d’ailleurs confirmé cette prise de conscience de la nécessité d’un virage vers des énergies renouvelables ainsi qu’un élargissement du mix des sources d’énergie utilisées », observe Richard Kirkman, directeur de la zone Australie et Nouvelle-Zélande de Veolia.

Au plus haut sommet de l’État, la concrétisation de ces ambitions n’a pas traîné, avec la présentation au Parlement en juillet 2022 d’un projet visant à inscrire dans la loi les objectifs du pays en matière d’émissions de gaz à effet de serre : -43% d’ici à 2030 (avec pour base l’année 2005) et zéro émission nette en 2050. « Nous avons tout pour être au centre des débats et accompagner cette volonté », affirme Richard Kirkman, rappelant que Veolia développe déjà les premières installations de récupération d’énergie du pays. Dans le mix énergétique australien de demain, le biométhane pourrait bien tenir une place de choix, entre captage de carbone et reformage d’hydrogène. S’il prédit qu’une bonne dizaine d’années seront nécessaires pour que les énergies fossiles ne représentent plus qu’une infime partie de la production d’énergie locale, Richard Kirkman estime que trois à cinq ans peuvent suffire pour augmenter considérablement l’utilisation d’énergies renouvelables. Avec, là encore, Veolia en tête de pont.

 

3 questions à José Manuel Ribeiro, président du conseil d’administration du LIPOR*

Quels sont les objectifs d’innovation du LIPOR en matière de gestion des déchets municipaux du grand Porto ?

José Manuel Ribeiro : Demain, le LIPOR ne sera plus un gestionnaire de déchets mais proposera des produits et services allant dans le sens d’une économie circulaire. Les domaines sur lesquels nous nous concentrerons? L’agriculture, la récupération des scories de notre usine de valorisation énergétique des déchets, et la valorisation des polymères. C’est pourquoi nous renforçons, à travers notre direction dédiée, notre vision d’un modèle qui change et promouvons intensément la culture de l’innovation au sein de notre structure.

Cette force de frappe va se concrétiser au sein même de votre Unité de valorisation énergétique...

J.M.R. : C'est exact, puisque l’expertise de gestionnaire et d’exploitant que nous avons acquise depuis 22 ans ouvre aujourd’hui les portes à l’installation d’une troisième ligne au sein de notre usine. L’idée de ce projet original : capter du CO2 pour le combiner à de l’hydrogène et, in fine, produire de l’e-carburant synthétique vert pour une industrie aéronautique durable.

Quid des scories auxquelles vous faites référence ?

J.M.R. : Elles pourraient servir de matière première secondaire dans la production de matériaux de construction. Là encore, nous comptons sur Veolia, notre partenaire depuis près de 25 ans, pour continuer à nous transmettre la confiance nécessaire à la bonne conduite de notre mission.

*Le LIPOR est l’entité responsable de la gestion, de la valorisation et du traitement des quelque 500 000 tonnes annuelles de déchets urbains produits par 1 million d’habitants des municipalités d’Espinho, Gondomar, Maia, Matosinhos, Porto, Póvoa de Varzim, Valongo et Vila do Conde.

Profiter du foncier existant pour produire de l’énergie verte 
par Anne Le Guennec, directrice de la zone déléguée France recyclage & valorisation des déchets de Veolia

Notre ambition, c’est de profiter de notre foncier – environ 500 hectares – pour développer massivement, avec le soutien des collectivités, la production d’énergie renouvelable. L'objectif est clair : multiplier les champs de panneaux photovoltaïques et atteindre, d’ici à 2025, dix fois plus que les 23 000 modules déjà en place sur l’ancien site d’enfouissement des déchets de Grand’Landes, qui génère 7 000 MW et évite l’émission de 3 618 tonnes de C02 par an. On souhaite, à l’avenir, se donner la possibilité d’autoconsommer ce que l'on produit ou de l’injecter dans le réseau pour un client. Cette double casquette de producteur–fournisseur, c’est aujourd’hui ce pour quoi nos équipes se mobilisent au sein des territoires. Cela implique évidemment de développer certaines compétences, mais le challenge est à notre portée ! Il y a, en interne, une volonté de décarboner notre activité, et nous pourrons à l’avenir dupliquer partout dans le monde les solutions d’abord déployées dans l’Hexagone.