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Conférence de l'Institut Veolia : “Industrie et déchets, sur la voie de l’économie circulaire”

La transition vers une économie circulaire est devenue une nécessité. Face aux limites du modèle de production et de consommation linéaire, comment encourager le développement de pratiques plus circulaires et plus sobres à tous les niveaux ? Pour y répondre, l’Institut Veolia a organisé le 23 novembre une conférence au siège du Groupe à Aubervilliers et publie un nouveau numéro de sa revue Facts Reports sur le thème : “Industrie et déchets, sur la voie de l’économie circulaire”.

Il y a 2 siècles, les déchets n’existaient pas, tout était ressource, l'économie était totalement circulaire. On ne peut pas imiter cette économie circulaire : il faut en inventer une nouvelle. Autrefois tout était réutilisé mais progressivement la récupération a été prohibée pour des raisons hygiénistes. 

Aujourd'hui, l'économie circulaire est un impératif absolu : au cours des 4 prochaines décennies, la consommation de matières devrait doubler. Dans tout ce que nous faisons, la plupart de nos consommations sont cachées. Par exemple, dans le numérique, 90% de la consommation d'énergie est dépensée pour extraire les matières et les transformer en produit avant même son utilisation. 

Seules 9% des matières sont recyclées dans le monde (14% en Europe). Pour les métaux rares, le taux de recyclage est d’à peine 1%, donc les produits qui en contiennent, comme les téléphones portables, vont devenir de véritables mines.

 

 

Recycler ne suffira pas. Pour le nickel par exemple, on perd la totalité du métal après 3 à 5 recyclages.
L'économie circulaire comprend aussi le réemploi, la réparation, l'écoconception. Ces différentes stratégies nécessitent d'inventer de nouveaux modèles. Pour passer à une circularité forte, il faut concevoir des produits traçables et réutilisables. Mais il y a d'autres défis à relever comme la toxicité, la technologie et le coût. Les pouvoirs publics ont donc un rôle à jouer en favorisant les investissements, en imposant des normes, en orientant les comportements, en forgeant des indicateurs. Après la productivité du travail, il nous faut désormais miser sur une nouvelle productivité des ressources naturelles par l'économie circulaire , a rappelé Nicolas Renard, directeur exécutif de l'Institut, en introduisant le débat.

 

Sobriété, une remise en cause de notre mode de vie

Valérie Guillard, professeur de marketing à l’Université Paris Dauphine, s’intéresse aux comportements des consommateurs et aborde la question de la sobriété, en particulier dans le domaine de la consommation d’objets matériels. En amont de l'économie circulaire, la sobriété questionne le besoin qui précède l’achat, les conditions de production des objets, leur usage et leur réparation. Elle nécessite l’acquisition de connaissances : il faut pouvoir comprendre le fonctionnement d’un objet pour pouvoir le réparer et ensuite le recycler. Avec la sobriété, on remet en cause notre mode de vie, car elle implique à la fois de“mieux et moins consommer”.

Il y a quatre conditions pour faire évoluer nos modes de consommation : savoir, vouloir, faire, pouvoir faire. Il faut d'abord une réflexivité pour prendre conscience des impacts de notre consommation. Le “vouloir”, c’est faire l’effort de comprendre. “Faire”, c’est changer ses pratiques et ses habitudes. Par contre, le “pouvoir faire” passe par les entreprises et les territoires. Par exemple, pour composter, il faut un lieu facilement accessible de compostage. 

 

Durabilité des produits, un levier de l’économie circulaire

L’association HOP (Halte à l'obsolescence programmée) a été créée en 2015 pour informer, influencer les décisions publiques et accompagner des entreprises qui s’engagent dans la durabilité de leurs produits. Pour HOP, il existe 3 formes d’obsolescence programmée des objets : l’obsolescence technique directe (contenant une pièce à faible durée de vie) ou indirecte (car irréparable) ; l’obsolescence esthétique ou psychologique, pour inciter à l'achat de produits neufs ; et l’obsolescence logicielle, par des mises à jour automatiques.

 

Ronan Groussier, responsable des affaires publiques de HOP, a expliqué :

La durabilité qui est au cœur de l'économie circulaire est de plus en plus désirée. En Europe, si on allonge d'un an la durée de vie de tous les objets couramment consommés, on peut éviter l'équivalent des émissions de CO2 de 2 millions de véhicules en circulation. HOP a participé à l'élaboration de la loi anti-gaspillage AGEC de février 2020 en préconisant les indicateurs de durabilité et de réparabilité ainsi qu'un fond de soutien à la durabilité. Par contre, nous n'avons pas pu influencer suffisamment un meilleur encadrement de la publicité, la dimension logicielle de l'obsolescence et l'écoconception des produits.

L’économie circulaire, créatrice d’emplois d’insertion

Jean-Paul Raillard, président de la Fédération Envie, a rappelé qu'à Strasbourg en 1984, un éducateur de rue, un directeur de Darty et un responsable d'Emmaüs se sont associés pour créer le réseau Envie dont l’objectif est de réparer des produits et de les vendre avec une garantie d’un an. 

L'emploi des jeunes dans un  travail à valeur environnementale permet de redynamiser un territoire. Le réseau Envie rassemble aujourd’hui 52 entreprises pour la réparation du gros électroménager, du matériel médical (par exemple des fauteuils roulants) et des DEEE. Il emploie 2 800 salariés dont deux tiers en insertion qui réparent et vendent chaque année 100 000 appareils. Pour Envie, l'économie circulaire crée des emplois locaux.

 

Recyclage, au centre de la transformation écologique de la mobilité 

Cédric L’Elchat, directeur général de la filiale de Veolia SARP Industries, a expliqué pourquoi le développement des véhicules électriques représente un fort enjeu en termes de santé publique, climat, protection de l’environnement et ressources stratégiques. Le recyclage des batteries de véhicules électriques est une solution d’avenir. 

 

Le gisement des métaux des batteries de véhicules électriques se trouvera dans l’ensemble des véhicules en circulation. C'est pourquoi le recyclage est prévu dans la réglementation qui encadre l’écomobilité. La recyclabilité est désormais clé dans la compétition technologique entre les fabricants de batteries. Et ce défi est à relever par les recycleurs. Dès 2030 en Europe, les batteries contiendront une proportion significative de métaux recyclés comme le nickel, le cobalt, le lithium. Chez Veolia, notre process comprend la mise en sécurité des batteries, leur démantèlement. Puis, avec un traitement hydrométallurgique, nous produisons des sels de métaux suffisamment purs pour être réincorporés dans de nouvelles batteries. Le recyclage est au centre de la transformation industrielle de l'écomobilité. Pour construire des boucles circulaires de produits neufs, il faut des compétences nouvelles. Par exemple aujourd'hui, les employés d'un garage automobile deviennent des spécialistes de la haute tension.


Cette conférence débat a été animée par Franck Aggeri, professeur de management à Mines ParisTech qui a coordonné le numéro de la revue Fact Reports sur l'Économie circulaire, de l’Institut Veolia.

Découvrez les articles de la revue Facts sur “Industrie et déchets : sur la voie de l’économie circulaire” :

 

1. Un modèle de gestion des déchets à réinventer

Des déchets aux mines urbaines : une mise en perspective historique de l’économie circulaire 
Franck Aggeri, MINES ParisTech 

Réutiliser et recycler les ressources : limites et opportunités 
Thomas Graedel, Université de Yale 

Concept et défis de l’exploitation améliorée des sites d’enfouissement (ELFM) 
Joakim Krook, Université de Linköping 

La responsabilité élargie des producteurs (REP) en France 
Jacques Vernier, Commission inter-filières de responsabilité élargie du producteur (REP) 

Les transferts de déchets illégaux : un aperçu 
Katie Olley, Agence écossaise pour la protection de l’environnement (SEPA) 

L’Afrique circulaire : un modèle pour tous ? 
Alexandre Lemille,  ACEN - Réseau Africain de l’Économie Circulaire 

 

2. Comment changer les comportements des différents acteurs ?

Vers une société de la sobriété : les conditions d'un changement de comportement des consommateurs 
Valérie Guillard, Professeur des Universités 

Accélérer la transition vers des modèles de consommation circulaire : l’exemple de la loi AGEC en France 
Adèle Chasson, Laetitia Vasseur Association HOP / Halte à l’obsolescence programmée 

Le potentiel des marchés publics dans la transition vers une économie circulaire 
Ashleigh McLennan, Conseil international pour les initiatives environnementales locales (ICLEI)
Birgitte Krebs Schleemann, DGE 

Le numérique, ce n'est pas automatique 
Xavier Verne, Shift Project 

La symbiose industrielle dans les parcs industriels en Chine 
Zhao Kai, China Association of Circular Economy 

Les éco-parcs industriels comme levier de l’économie circulaire 
Franck Aggeri, MINES ParisTech 

Mesurer la circularité à l’échelle de l’entreprise 
Irene Martinetti, Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD)
Jarkko Havas, Fondation Ellen MacArthur 

Co-développer un plastique recyclé post-consommation de qualité industrielle : le cas Groupe SEB-Veolia 
Ingrid Tams, Jacques Tanquerel (Groupe SEB)
Françoise Weber, François Guéneron (Veolia)

 

3. Les voies d’une économie circulaire innovante

Le recyclage des batteries de véhicules électriques : transformation écologique et préservation des ressources 
Pascal Muller, Emeric Malefant, Romain Duboc Veolia 

Réparation, réemploi et création d’emplois 
Jean-Paul Raillard, Fédération Envie 

Introduire des matériaux issus de l’économie circulaire dans le secteur du BTP 
Arnaud Bousquet, Matériaupôle 

Développer le marché des produits reconditionnés grâce au digital 
Camille Richard, Back Market 

Signify, un éclairage circulaire pour préserver la valeur 
François Darsy Signify 

Conduire une transition écologique d'entreprise : le cas d'Interface Inc. 
Eric Rampelberg, Interface Inc.