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+1, un prototype de concertation qui met l’écoute au cœur de la transformation écologique

Encourager le dialogue entre les différentes parties prenantes de l’entreprise pour impulser la transformation écologique de manière efficace et apaisée : voilà la mission que s’est donnée le collectif +1 initié par Veolia, en partenariat avec Usbek & Rica et la REcyclerie. Le coup d’envoi a eu lieu le 14 septembre autour de la thématique de l’écoute.

S’écouter, s’entendre, se comprendre. Voilà sans doute le premier défi que l’entreprise doit relever, et pas des moindres, pour mettre en œuvre sa transformation écologique. Salariés, dirigeants, clients, investisseurs, fournisseurs, entrepreneurs, citoyens, ONG, experts : il s’agirait, avant toute chose, de se mettre d’accord sur la direction à prendre. Une question d’équilibre, en somme :

« Un des problèmes aujourd’hui est que les parties prenantes ne sont pas toutes impliquées dans l’élaboration des solutions. On pense parfois que l’on peut les trouver séparément, sans la concertation avec les autres parties prenantes – et parfois au détriment de certaines –, mais il ne peut y avoir de solutions économiques ou techniques si la société dans son ensemble ne les accepte pas »,

a souligné Olivier Brousse, directeur de la Stratégie et de l’Innovation chez Veolia, en prenant l’exemple du recyclage des emballages plastiques : une solution qui existe déjà, mais qui n’a pas encore su trouver un point d’entente optimal entre les différents acteurs impliqués (production d’emballages faciles à recycler, pratiques de consommation responsable, meilleure organisation de la collecte, …).

Portrait d'Olivier Brousse, ComEx Veolia
Olivier Brousse.

C’est justement à ces difficultés que le collectif +1 entend contribuer à remédier. « +1 » ? Pour « nouer les liens, les interactions indispensables entre nous mais aussi entre nous et le vivant, et ne faire qu’un face aux défis auxquels nous sommes tous confrontés », a explicité Fanny Demulier, coordinatrice du comité de pilotage de la Raison d’être de Veolia. Réunissant lors de cette première session à la REcyclerie 50 parties prenantes de Veolia aux profils variés, ce prototype de concertation encourage un dialogue multi-acteurs capable de faire converser – et si possible converger – des intérêts parfois divergents, humains ou non.

« nouer les liens, les interactions indispensables entre nous mais aussi entre nous et le vivant, et ne faire qu’un face aux défis auxquels nous sommes tous confrontés »

Va-t-on enfin écouter la nature ?

Car c’est surtout des intérêts non-humains dont il a été question en introduction de cette session.

« Aujourd’hui dans le monde tel qu’il est, la nature ne parle plus : elle crie, elle hurle. Alors on va peut-être l’entendre, mais est-ce qu’on va vraiment l’écouter ? »,

s’est interrogé Emmanuel Delannoy, auteur entre autres de Biomiméthique : Répondre à la crise du vivant par le biomimétisme (Rue de l’Échiquier, 2021). La réponse est peut-être à trouver dans la philosophie de la permaculture, consistant à « travailler avec l’écosystème et non pas contre lui », et à « mettre en place des relations de politesse et de respect avec le vivant ». Et surtout dans une écoute et une sensibilité à ce qui nous échappe de prime abord : « Antoine de Saint-Exupéry disait : “l’essentiel est invisible pour les yeux”. Quand on considère le vivant, l’essentiel est d’abord ce qu’on ne voit pas, comme les interactions entre l’ensemble des êtres vivants. »

Bref, (ré)apprendre à écouter dans un monde où, comme le constate Dorothée Browaeys, présidente du cabinet TEK4Life, qui accompagne les entreprises pour rendre leurs activités compatibles avec le vivant,

« nous avons été biberonnés à l’indifférence ».

« L’écoute est dépendante de nos représentations. Notre culture d’Occidentaux s’est organisée autour de la séparation entre la nature et les humains, dans l’idée que la nature était un simple décor et surtout qu'il fallait la maîtriser, a-t-elle poursuivi. Le défi est de devenir sensible : écouter, c’est évaluer pour se situer face aux dangers et aux opportunités, c’est capter, compter, se projeter dans des possibilités enviables pour devenir éco-compatibles. C’est devenu stratégique pour diminuer l’exposition aux risques, pour décider en connaissance de cause et adapter les business models aux nouvelles opportunités. »

Emmanuel Delannoy.
Dorothée Browaeys.

L’intelligence collective en action

Après cette introduction théorique, place à l’intelligence collective pour imaginer de nouveaux dispositifs d’écoute capables de relier les parties prenantes autour de l’enjeu de la transformation écologique. Répartis en dix ateliers, les 50 participants ont planché pendant deux heures sur des pistes d’actions concrètes à mettre en œuvre par les entreprises pour qu’elles soient de véritables puissances de réinvention d’un monde commun. Ce prototype de concertation en open source pourra ensuite être déployé dans d’autres contextes par des acteurs qui souhaiteraient s’en inspirer.

Chaque groupe s’est concentré sur l’une des cinq étapes du processus d’écoute :

  • Qui écouter ? Avant même de commencer à parler, qui est présent ou absent dans l’espace de l’écoute ? 
  • Comment écouter ? Quelle oreille prête-t-on au discours de l’autre ?
  • De quoi parler ? Parle-t-on le même langage ? Se réfère-t-on aux mêmes valeurs ou types d’arguments ? 
  • Quand initier le dialogue ? A-t-on inclus toutes les parties assez tôt dans l’échange ? 
  • À quelle fin écoute-t-on ? Est-ce pour neutraliser l’opinion de l’autre, pour transformer nos manières de penser ?

Les participants ont alors été invités à puiser dans leur expérience personnelle et professionnelle pour identifier des situations où l’écoute a subi des freins ou des dysfonctionnements. Un projet immobilier en bordure de mer lancé par un maire sans concertation préalable qui a provoqué la colère des riverains, une conférence-débat sur le climat avec un parlementaire et un chef d’entreprise face à un public étudiant bouillonnant qui a viré à la confrontation, des difficultés à installer des laveries communes dans des habitats neufs en l’absence de collectif d’habitants, ... Les exemples ont fusé autour des tablées, preuve s’il en fallait que l’enjeu de l’écoute n’a rien d’accessoire.

Un bref passage par la fiction

Après le constat, les solutions. L’imaginaire et la fiction ont montré la voie : munis de cartes décrivant des modalités d’écoute issues de films de science-fiction, d’usages humains existants (à l'image du « Yarning circle » des aborigènes d’Australie consistant à parler à tour de rôle jusqu'à ce que la discussion soit close, sans limite de temps) ou encore des mécanismes du vivant selon le principe du biomimétisme, les participants se sont nourris de propositions parfois farfelues pour façonner des dispositifs fictionnels capables de résoudre les failles des situations identifiées. Et si l’on s’inspirait des champignons mycorhizes permettant l’échange souterrain d’informations entre eux et entre les arbres de la forêt pour établir des réseaux d’informateurs intermédiaires ? Et si l’on pouvait communiquer en montrant le futur comme le font les extraterrestres du film Premier Contact en procurant des visions prémonitoires aux humains ? Et si l’on pouvait dialoguer avec notre inconscient comme permet de le faire l’oracle dans Matrix, afin de savoir ce que nous désirons vraiment ?

De quoi imaginer des solutions (plus ou moins) loufoques hautes en couleur : des clones pour aider les décisionnaires pressés à prendre le temps d’écouter, un passage par une fury room pour se défouler avant d’entamer une séance de travail, l’usage de la télépathie pour convaincre en un coup d’œil du bien-fondé de ses propositions… 

Une profusion imaginative dont l’objectif était de permettre l’éclosion de dispositifs très concrets et innovants. Pour apaiser le dialogue et balayer les a priori, l’un des groupes a imaginé une semaine pour vivre chaque jour dans la peau d’une partie prenante différente — élu, salarié, activiste, client local… – afin de se rendre compte du quotidien et des contraintes des uns et des autres, et partir sur des bases communes avant de débattre. Un autre a imaginé, sur le mode de  l’icebreaker, un « cliché-breaker » : les parties sont invitées à imiter leurs adversaires avec humour pour dézinguer les stéréotypes, à l’instar du chef d’entreprise « boomer ». On a aussi pu croiser des dispositifs incluant à la table des négociations des représentants du vivant, afin de faire valoir les intérêts des écosystèmes dans le cadre d’une discussion visant à établir des critères d’achat durable, ou faisant la part belle à l’analyse de l’inconscient. L’un des ateliers a ainsi proposé de mettre en place une session de méditation pour révéler à chacun ses envies profondes, au-delà de son métier ou statut dans l’entreprise, afin de s’exprimer sur un pied d’égalité. Autant d’idées qui seront mises à la disposition de chacun au sein d’un livrable final pour que le dispositif soit utile à tous, et pour que des actions concrètes en découlent.

Prochaine étape le 12 octobre pour une nouvelle session autour du verbe « Décider » : comment valoriser l’écoute et la convertir en prise de décision ?
Cette session sera suivie d’un troisième atelier en décembre sur le thème « Former », pour nous interroger sur le sujet de la mise en œuvre de ces solutions.

Les comptes-rendus détaillés des travaux réalisés par les membres du collectif “+1” lors des ateliers seront mis à disposition en open source pour bénéficier au plus grand nombre et inspirer d'autres acteurs à imaginer d'autres solutions.