Antoine Frérot publie un livre pour réconcilier l’entreprise et la société

Livre De l'entreprise en démocratie d'Antoine Frérot, directeur de Veolia

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Antoine Frérot, président de Veolia, publie chez Flammarion un ouvrage, intitulé “De l'entreprise en démocratie”, consacré aux dérives du capitalisme financier. Il y défend une vision de l’entreprise fondée sur le long terme, le partage du pouvoir et la prise en compte de l’ensemble des parties prenantes.

Le capitalisme doit-il se réformer pour assurer sa propre survie ? C’est la question centrale du livre d’Antoine Frérot, paru à la fin du mois d’octobre 2026 chez Flammarion. Dans cet ouvrage, le dirigeant de Veolia livre une  réflexion sur le capitalisme contemporain, marqué selon lui par la prépondérance des actionnaires, la recherche du profit immédiat et la financiarisation croissante des entreprises.

À l’heure où les questions de pouvoir d’achat, de transition écologique, de fiscalité et de conditions de travail occupent une place importante dans le débat public, Antoine Frérot souhaite remettre l’entreprise au centre de la réflexion économique et politique. Son ambition est claire : préserver le capitalisme en corrigeant ses excès.

Antoine Frérot, Président de Veolia




« Le capitalisme pourrait bien scier la branche sur laquelle il est assis »

Antoine Frérot, Président de Veolia. 

Image décorative

Treize personnalités réunies pour confronter les visions de l’entreprise

Pour nourrir cette réflexion, Antoine Frérot donne également la parole à treize personnalités issues d’horizons très différents, avec lesquelles il confronte ses analyses et ses convictions. Parmi elles figurent des économistes comme Philippe Aghion, des responsables syndicaux comme Sophie Binet et Marylise Léon, des dirigeants d’entreprise tels que Philippe Brassac, Stéphane Pallez et Yves Perrier, mais aussi des chercheurs, comme Blanche Segrestin, et plusieurs responsables politiques de sensibilités diverses, parmi lesquels Pascal Canfin, Valérie Rabault, Bruno Retailleau, Boris Vallaud et Éric Woerth. Jean-Baptiste de Foucauld complète ce panel. 

Ces treize échanges permettent d'aborder les grandes questions soulevées par l'avenir de l'entreprise : le partage de la valeur, la gouvernance, la place des salariés, la responsabilité sociale et environnementale ou encore le rôle du capitalisme dans la société. En confrontant des points de vue parfois divergents, Antoine Frérot entend faire de l'entreprise un véritable sujet de débat démocratique et montrer que sa transformation nécessite un dialogue entre acteurs économiques, sociaux et politiques.

Sortir de la logique du court terme

Au cœur de son analyse figure une distinction fondamentale : les actionnaires possèdent des actions, mais ne sont pas propriétaires de l’entreprise elle-même. Une nuance juridique qu’Antoine Frérot juge essentielle et dont il estime qu’elle a progressivement été oubliée.

Le Président de Veolia situe un tournant dans l’histoire du capitalisme en 1970, avec l’idée que la responsabilité première de l’entreprise est de maximiser ses profits. Cette conception, largement diffusée à partir des années 1980, aurait contribué à installer la rémunération des actionnaires au sommet des priorités des entreprises.

Ainsi, Antoine Frérot conteste cette vision réductrice, car selon lui, une entreprise ne peut être durablement performante si elle néglige ses salariés, ses clients, ses fournisseurs ou les territoires dans lesquels elle exerce ses activités. Sa pérennité dépend de la qualité des relations qu’elle entretient avec tous ceux qui contribuent à son développement.

Cette critique s’accompagne d’une dénonciation particulièrement ferme des rachats d’actions. Ces opérations, qui consistent pour une entreprise à racheter ses propres titres, peuvent soutenir leur cours en Bourse, mais détournent aussi des ressources qui pourraient financer l’innovation et de nouvelles activités.

Antoine Frérot y voit l’un des symboles du court-termisme financier. En privilégiant le rendement immédiat, les entreprises risquent, selon lui, de sacrifier leurs investissements futurs et leur capacité à se transformer.

Repenser la gouvernance des entreprises

Au-delà du diagnostic, le Président de Veolia propose de modifier en profondeur la gouvernance des entreprises. Il souhaite notamment ouvrir davantage les conseils d’administration aux différentes parties prenantes : 

  • salariés,

  • clients,

  • fournisseurs,

  • collectivités territoriales,

  • représentants du monde environnemental.

Le conseil d’administration devrait, selon lui, devenir le lieu où ces intérêts parfois contradictoires sont confrontés et arbitrés. Il ne s’agirait pas de transformer cette instance en assemblée représentative de toute la société, mais de mieux prendre en compte les acteurs dont dépend réellement l’avenir de l’entreprise.

Cette approche se distingue d’un modèle reposant uniquement sur un équilibre entre actionnaires et salariés : Antoine Frérot estime que ces deux catégories peuvent privilégier la prudence, alors que l’innovation exige aussi une capacité à prendre des risques maîtrisés. Des représentants d’autres horizons, notamment environnementaux ou scientifiques, pourraient contribuer à élargir les perspectives.

Celui-ci souhaite également rendre plus exigeante la définition de la raison d’être des entreprises. Celle-ci ne devrait pas se limiter à une formule de communication, mais préciser concrètement ce que fait l’entreprise, pourquoi elle le fait, à qui elle s’adresse et de quelle manière elle entend agir.

Concilier performance économique et transition écologique

La réflexion d’Antoine Frérot porte également sur les conditions d’une transition écologique socialement acceptable. Il défend un principe qu’il résume ainsi : « pollueur-payeur, dépollueur aidé ».

L’idée consiste à faire en sorte que les sommes acquittées par les acteurs polluants servent directement à financer les solutions de dépollution et les alternatives moins émettrices. Une telle approche pourrait, selon lui, améliorer l’acceptabilité des politiques environnementales, à condition de commencer par les principaux pollueurs avant d’étendre progressivement le dispositif.

Antoine Frérot soutient par ailleurs le principe d’une taxe carbone européenne aux frontières. Il y voit un moyen de rétablir des conditions de concurrence équitables entre les entreprises européennes, soumises à des exigences environnementales et sociales, et leurs concurrentes étrangères qui ne supportent pas toujours les mêmes contraintes.

Il distingue toutefois cette recherche de réciprocité d’un protectionnisme fermé, qui consisterait à exclure des entreprises étrangères ou à remettre en cause leurs investissements. Pour lui, la protection de l’industrie européenne doit favoriser une concurrence loyale, et non alimenter l’escalade des représailles commerciales.

Un plaidoyer nourri par l’expérience de Veolia

La réflexion d’Antoine Frérot s’appuie sur son expérience à la tête de Veolia entre 2010 et 2022. Il rappelle notamment le redressement du Groupe au début des années 2010, période durant laquelle il a défendu une transformation progressive plutôt que des économies massives susceptibles, selon lui, d’affaiblir durablement l’entreprise.

Cette expérience nourrit sa conviction qu’une entreprise doit être évaluée au-delà de ses seuls résultats financiers. Elle doit pouvoir investir, innover et développer de nouvelles activités sans compromettre les ressources humaines et organisationnelles nécessaires à son avenir.

Le livre aborde enfin les difficultés d’application du devoir de vigilance, notamment pour les grands groupes qui travaillent avec des milliers de sous-traitants. Antoine Frérot propose d’envisager une obligation de moyens sérieusement mise en œuvre ou un système de labellisation permettant d’identifier les entreprises respectant les exigences attendues, afin de ne pas exclure mécaniquement les petites entreprises locales des chaînes de sous-traitance.

Un livre à l’approche de la présidentielle de 2027

La date de publication n’est pas anodine. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Antoine Frérot redoute que l’entreprise demeure la grande absente du débat politique. Les questions de pouvoir d’achat, d’environnement, de travail, de dette ou de fiscalité sont souvent abordées séparément, alors qu’elles se rejoignent concrètement dans le fonctionnement des entreprises.

Son ouvrage entend donc dépasser les oppositions entre performance économique et responsabilité sociale, entre compétitivité et écologie, ou encore entre intérêts des actionnaires et besoins de la société.

Derrière cette prise de position se dessine une conviction : le capitalisme demeure, malgré ses défauts, le meilleur système économique disponible, mais sa légitimité ne peut être tenue pour acquise. Si les entreprises continuent de privilégier les profits immédiats au détriment de leur environnement humain et territorial, elles risquent d’alimenter une défiance susceptible, à terme, de fragiliser le système tout entier.

Avec ce livre, Antoine Frérot entend ainsi ouvrir un débat sur la finalité de l’entreprise et les conditions de sa pérennité. Plus qu’une critique de la finance, son plaidoyer invite à repenser le partage du pouvoir et la création de valeur dans une économie où la réussite ne pourrait plus se mesurer uniquement à l’aune du rendement des actionnaires.